XVI.

Cependant, comme Consuelo ne s'alarma pas de son état et ne changea

presque rien à son régime, elle fut promptement rétablie. Elle put

reprendre ses soirées de chant, et elle retrouva le profond sommeil de

ses nuits paisibles.

Un matin, c'était le douzième de sa captivité, elle reçut de M. de

Poelnitz un billet qui lui donnait avis d'une sortie pour le lendemain

soir:

«J'ai obtenu du roi, disait-il, la permission d'aller moi-même vous

chercher avec une voiture de sa maison. Si vous me donnez votre parole de

ne point vous envoler par une des glaces, j'espère même pouvoir vous

dispenser de l'escorte, et vous faire reparaître au théâtre sans ce

lugubre attirail. Croyez que vous n'avez pas d'ami plus dévoué que moi,

et que je déplore la rigueur du traitement, peut-être injuste que vous

subissez.»

La Porporina s'étonna un peu de l'amitié soudaine et de l'attention

délicate du baron. Jusque-là dans ses fréquents rapports d'administration

théâtrale avec la prima-donna, M. de Poelnitz, qui, en qualité d'ex-_roué_,

n'aimait pas les filles vertueuses, lui avait témoigné beaucoup de

froideur et de sécheresse. Il lui avait même parlé souvent de sa conduite

régulière et de ses manières réservées avec une ironie désobligeante. On

savait bien à la cour que le vieux chambellan était le mouchard du roi,

mais Consuelo n'était pas initiée aux secrets de cour, et elle ne savait

pas qu'on pût faire cet odieux métier sans perdre les avantages d'une

apparente considération dans le grand monde. Cependant un vague instinct

de répulsion disait à Consuelo que Poelnitz avait contribué plus que tout

autre à son malheur. Elle veilla donc à toutes ses paroles lorsqu'elle se

trouva seule avec lui le lendemain, dans la voiture qui les conduisait

rapidement à Berlin, vers le déclin du jour.

«Eh bien, ma pauvre recluse, lui dit-il, vous voilà diablement matée!

Sont-ils farouches ces cuistres de vétérans qui vous gardent! Jamais ils

n'ont voulu me permettre d'entrer dans la citadelle, sous prétexte que je

n'avais point de permission, et voilà, sans reproche, un quart d'heure que

je gèle en vous attendant. Allons, enveloppez-vous bien de cette fourrure

que j'ai apportée pour préserver votre voix, et contez-moi donc un peu vos

aventures. Que diable s'est-il donc passé à la dernière redoute du

carnaval? Tout le monde se le demande, et personne ne le sait. Plusieurs

originaux qui, selon moi, ne faisaient de mal à personne, ont disparu

comme par enchantement. Le comte de Saint-Germain, qui est de vos amis, je

crois; un certain Trismégiste, qu'on disait caché chez M. de Golowkin, et

que vous connaissez peut-être aussi, car on dit que vous êtes au mieux

avec tous ces enfants du diable...

--Ces personnes ont été arrêtées? demanda Consuelo.

--Ou elles ont pris la fuite: les deux versions ont cours à la ville.

--Si ces personnes ne savent pas mieux que moi pourquoi on les persécute,

elles eussent mieux fait d'attendre de pied ferme leur justification.

--Ou la nouvelle lune qui peut changer l'humeur du monarque; c'est encore

le plus sûr, et je vous conseille de bien chanter ce soir. Cela fera plus

d'effet sur lui que de belles paroles. Comment diable avez-vous été assez

maladroite, ma belle amie, pour vous laisser envoyer à Spandaw? Jamais,

pour des vétilles pareilles à celles dont on vous accuse, le roi n'eût

prononcé une condamnation aussi discourtoise envers une dame; il faut que

vous lui ayez répondu avec arrogance, le bonnet sur l'oreille et la main

sur la garde de votre épée, comme une petite folle que vous êtes.

Qu'aviez-vous fait de criminel? Voyons, racontez-moi ça. Je parie arranger

vos affaires, et, si vous voulez suivre mes conseils, vous ne retournerez

pas dans cette humide souricière de Spandaw; vous irez coucher ce soir

dans votre joli appartement de Berlin. Allons, confessez-vous. On dit que

vous avez fait un souper fin dans le palais avec la princesse Amélie, et

que vous vous êtes amusée, au beau milieu de la nuit, à faire le revenant

et à jouer du balai dans les corridors, pour effrayer les filles d'honneur

de la reine. Il parait que plusieurs de ces demoiselles en ont fait

fausse-couche, et que les plus vertueuses mettront au monde des enfants

marqués d'un petit balai sur le nez. On dit aussi que vous vous êtes fait

dire votre bonne aventure par le _planétaire_ de madame de Kleist, et que

M. de Saint-Germain vous a révélé les secrets de la politique de Philippe

le Bel. Êtes-vous assez simple pour croire que le roi veuille faire autre

chose que de rire avec sa sœur de ces folies? Le roi est d'ailleurs, pour

madame l'abbesse, d'une faiblesse qui va jusqu'à l'enfantillage; et quant

aux devins, il veut seulement savoir s'ils prennent de l'argent pour

débiter leurs sornettes, auquel cas il les prie de quitter le pays, et

tout est dit. Vous voyez bien que vous vous abusez sur l'importance de

votre rôle, et que si vous aviez voulu répondre tranquillement à quelques

questions sans conséquence, vous n'auriez point passé un si triste

carnaval dans les prisons de l'État.»

Consuelo laissa babiller le vieux courtisan sans l'interrompre, et

lorsqu'il la pressa de répondre, elle persista à dire qu'elle ne savait de

quoi il voulait lui parler. Elle sentait un piège sous cette frivolité

bienveillante, et elle ne s'y laissa point prendre.

Alors Poelnitz changea de tactique, et d'un ton sérieux:

«C'est bien! lui dit-il, vous vous méfiez de moi. Je ne vous en veux pas,

et, au contraire, je fais grand cas de la prudence. Puisque vous êtes

ainsi, Mademoiselle, je vais, moi, vous parler à découvert. Je vois bien

qu'on peut se fier à vous, et que notre secret est en bonnes mains.

Apprenez donc, signora Porporina, que je suis votre ami plus que vous ne

pensez, car je suis un des vôtres; je suis du parti du prince Henry.

--Le prince Henry a donc un parti? dit la Porporina, curieuse d'apprendre

dans quelle intrigue elle se trouvait enveloppée.

--Ne faites pas semblant de l'ignorer, reprit le baron. C'est un parti que

l'on persécute beaucoup en ce moment, mais qui est loin d'être désespéré.

Le _grand lama_, ou, si vous aimez mieux, _M. le marquis_, n'est pas si

solide sur son trône qu'on ne puisse le faire dégringoler. La Prusse est

un bon cheval de bataille; mais il ne faut pas le pousser à bout.

--Ainsi, vous conspirez, monsieur le baron? Je ne m'en serais jamais

douté!

--Qui ne conspire pas à l'heure qu'il est? Le tyranneau est environné de

serviteurs dévoués en apparence, mais qui ont juré sa perte.

--Je vous trouve fort léger, monsieur le baron, de me faire une pareille

confidence.

--Si je vous la fais, c'est parce que j'y suis autorisé par le prince et

la princesse.

--De quelle princesse parlez-vous?

--De celle que vous savez. Je ne pense pas que les autres conspirent!... À

moins que ce ne soit la margrave de Bareith, qui est mécontente de sa

chétive position, et en colère contre le roi, depuis qu'il l'a rabrouée,

au sujet de ses intelligences avec le cardinal de Fleury. C'est déjà une

vieille histoire; mais rancune de femme est de longue durée, et la

margrave _Guillemette_[7] n'est pas un esprit ordinaire: que vous en

semble?

[Note 7: Sophie Wilhelmine. Elle signait _sœur Guillemette_, en écrivant

à Voltaire.]

--Je n'ai jamais eu l'honneur de lui entendre dire un seul mot.

--Mais vous l'avez vue chez l'abbesse de Quedlimburg!

--Je n'ai jamais été qu'une seule fois chez la princesse Amélie, et la

seule personne de la famille royale que j'y aie rencontrée, c'est le roi.

--N'importe! le prince Henry m'a donc chargé de vous dire...

--En vérité, monsieur le baron! dit Consuelo d'un ton méprisant; le prince

vous a chargé de me dire quelque chose?

--Vous allez voir que je ne plaisante pas. Il vous fait savoir que ses

affaires ne sont point gâtées, comme on veut vous le persuader; qu'aucun

de ses confidents ne l'a trahi; que Saint-Germain est déjà en France, où

il travaille à former une alliance entre notre conjuration et celle qui va

replacer incessamment Charles-Édouard sur le trône d'Angleterre; que

Trismégiste seul a été arrêté, mais qu'il le fera évader, et qu'il est sûr

de sa discrétion. Quant à vous, il vous conjure de ne point vous laisser

intimider par les menaces du _marquis_, et surtout de ne point croire à

ceux qui feindraient d'être dans vos intérêts, pour vous faire parler.

Voilà pourquoi, tout à l'heure, je vous ai soumise à une petite épreuve,

dont vous êtes sortie victorieuse; et je dirai à notre héros, à notre

brave prince, à notre roi futur, que vous êtes un des plus solides

champions de sa cause!»

Consuelo, émerveillée de l'aplomb de M. de Poelnitz, ne put réprimer un

éclat de rire; et quand le baron, piqué de son mépris, lui demanda le

motif de cette gaieté déplacée, elle ne put lui rien répondre, sinon:

«Vous êtes admirable, sublime, monsieur le baron!»

Et elle recommença à rire malgré elle. Elle eût ri sous le bâton, comme la

Nicole de M. Jourdain.

«Quand cette attaque de nerfs sera finie, dit Poelnitz sans se déconcerter,

vous daignerez peut-être m'expliquer vos intentions. Voudriez-vous trahir

le prince? Croiriez-vous, en effet, que la princesse vous eût livrée à la

colère du roi? Vous regarderiez-vous comme dégagée de vos serments? Prenez

garde, Mademoiselle! vous vous en repentiriez peut-être bientôt. La

Silésie ne tardera pas à être livrée par nous à Marie-Thérèse, qui n'a

point abandonné ses projets, et qui deviendra dès lors notre puissante

alliée. La Russie, la France, donneraient certainement les mains au prince

Henry; madame de Pompadour n'a point oublié les dédains de Frédéric. Une

puissante coalition, quelques années de lutte, peuvent facilement

précipiter du trône ce fier souverain qui ne tient encore qu'à un fil...

Avec l'amour du nouveau monarque, vous pourriez prétendre à une haute

fortune. Le moins qu'il puisse arriver de tout cela, c'est que l'électeur

de Saxe soit dépossédé de la royauté polonaise, et que le prince Henry

aille régner à Varsovie... Ainsi...

--Ainsi, monsieur le baron, il existe, selon vous, une conspiration qui,

pour satisfaire le prince Henry, veut mettre, encore une fois, l'Europe à

feu et à sang? Et ce prince, pour assouvir son ambition, ne reculerait pas

devant la honte de livrer son pays à l'étranger? J'ai beaucoup de peine à

croire de pareilles lâchetés possibles; et si, par malheur, vous dites

vrai, je suis fort humiliée de passer pour votre complice. Mais finissons

cette comédie, je vous en conjure. Voilà un quart d'heure que vous vous

évertuez fort ingénieusement à me faire avouer des crimes imaginaires. Je

vous ai écouté pour savoir de quel prétexte on se servait pour me tenir en

prison; il me reste à apprendre en quoi j'ai pu mériter la haine qui

s'acharne si bassement après moi. Si vous voulez me le dire, je tâcherai

de me disculper. Jusque là je ne puis rien répondre à toutes les belles

choses que vous m'apprenez, sinon qu'elles me surprennent fort, et que de

semblables projets n'ont aucune de mes sympathies.

--En ce cas, Mademoiselle, si vous n'êtes pas plus au courant que cela,

reprit Poelnitz très-mortifié, je m'étonne de la légèreté du prince, qui

m'engage à vous parler sans détour, avant de s'être assuré de votre

adhésion à tous ses projets.

--Je répète, monsieur le baron, que j'ignore absolument les projets du

prince; mais je suis bien certaine d'une chose: c'est qu'il ne vous a

jamais chargé de m'en dire un seul mot. Pardonnez-moi de vous donner ce

démenti. Je respecte votre âge; mais je ne puis m'empêcher de mépriser le

rôle affreux que vous jouez auprès de moi en ce moment.

--Les soupçons absurdes d'une tête féminine ne m'atteignent guère,

répondit Poelnitz, qui ne pouvait plus reculer devant ses mensonges. Un

temps viendra où vous me rendrez justice. Dans le trouble que cause la

persécution, et avec les idées chagrines que la prison doit nécessairement

engendrer, il n'est pas étonnant que vous manquiez tout à coup de

pénétration et de clairvoyance. Dans les conspirations, on doit s'attendre

à de pareilles lubies, surtout de la part des dames. Je vous plains et

vous pardonne. Il est possible, d'ailleurs, que vous ne soyez en tout ceci

que l'amie dévouée de Trenck et la confidente d'une auguste princesse...

Ces secrets sont d'une nature trop délicate pour que je veuille vous en

parler. Le prince Henry lui-même ferme les yeux là-dessus, quoiqu'il

n'ignore pas que le seul motif qui ait décidé sa sœur à entrer dans la

conspiration soit l'espérance de voir Trenck réhabilité, et peut-être

celle de l'épouser.

--Je ne sais rien de cela non plus, monsieur le baron, et je pense que si

vous étiez sincèrement dévoué à quelque auguste princesse, vous ne me

raconteriez pas de si étranges choses sur son compte.»

Le bruit des roues sur le pavé mit fin à cette conversation, au grand

contentement du baron, qui ne savait plus quel expédient inventer pour se

tirer d'affaire. On entrait dans la ville. La cantatrice, escortée jusqu'à

la porte de sa loge et dans les coulisses par deux factionnaires qui ne la

perdaient presque pas de vue, reçut de ses camarades un accueil assez

froid. Elle en était aimée, mais aucun d'eux ne se sentait le courage de

protester par des témoignages extérieurs contre la disgrâce prononcée par

le roi. Ils étaient tristes, contraints, et comme nappés de la peur de la

contagion. Consuelo qui ne voulut pas attribuer cette manière d'être à la

lâcheté, mais à la compassion, crut lire dans leur contenance abattue

l'arrêt d'une longue captivité. Elle s'efforça de leur montrer qu'elle

n'en s'en effrayait pas, et parut sur la scène avec une confiance

courageuse.

Il se passa en ce moment quelque chose d'assez bizarre dans la salle.

L'arrestation de la Porporina ayant fait beaucoup de bruit, et l'auditoire

n'étant composé que de personnes dévouées par conviction ou par position à

la volonté royale, chacun mit ses mains dans ses poches, afin de résister

au désir et à l'habitude d'applaudir la cantatrice disgraciée. Tout le

monde avait les yeux sur le monarque, qui, de son côté, promenait des

regards investigateurs sur la foule et semblait lui imposer le silence le

plus profond. Tout à coup une couronne de fleurs, partie on ne sait d'où,

vint tomber aux pieds de la cantatrice, et plusieurs voix prononcèrent

simultanément et assez haut pour être entendues des divers points de la

salle où elles s'étaient distribuées, les mots: _C'est le roi! c'est le

pardon du roi!_ Cette singulière assertion passa de bouche en bouche avec

la rapidité de l'éclair; et chacun croyant faire son devoir et complaire à

Frédéric, une tempête d'applaudissements, telle que de mémoire d'homme on

n'en avait ouï à Berlin, se déchaîna depuis les combles jusqu'au parterre.

Pendant plusieurs minutes, la Porporina, interdite et confondue d'une si

audacieuse protestation, ne put commencer son rôle. Le roi, stupéfait, se

retourna vers les spectateurs avec une expression terrible, qu'on prit

pour un signe d'adhésion et d'encouragement. Buddenbrock lui-même, placé

non loin de lui, ayant demandé au jeune Benda de quoi il s'agissait, et

celui-ci lui ayant répondu que la couronne était partie de la place du roi,

se mit à battre des mains d'un air de mauvaise humeur vraiment comique.

La Porporina croyait rêver; le roi se tâtait pour savoir s'il était bien

éveillé.

Quels que fussent la cause et le but de ce triomphe, Consuelo en ressentit

l'effet salutaire; elle se surpassa elle-même, et fut applaudie avec le

même transport durant tout le premier acte. Mais pendant l'entr'acte, la

méprise s'étant peu à peu éclaircie, il n'y eut plus qu'une partie de

l'auditoire, la plus obscure et la moins à portée d'être redressée par les

confidences des courtisans, qui s'obstinât à donner des signes

d'approbation. Enfin, au deuxième entr'acte, les orateurs des corridors et

du foyer apprirent à tout le monde que le roi paraissait fort mécontent de

l'attitude insensée du public; qu'une cabale avait été montée par la

Porporina avec une audace inouïe; enfin que quiconque serait signalé comme

ayant pris part à cette échauffourée s'en repentirait certainement. Quand

vint le troisième acte, le silence fut si profond dans la salle, en dépit

des merveilles que fit la prima-donna, qu'on aurait entendu voler une

mouche à la fin de chaque morceau chanté par elle, et qu'en revanche les

autres chanteurs recueillirent tous les fruits de la réaction.

Quant à la Porporina, elle avait été bientôt désillusionnée de son

triomphe.

«Ma pauvre amie, lui avait dit Conciolini en lui présentant la couronne

dans la coulisse après la première scène, je te plains d'avoir des amis si

dangereux. Ils achèveront de te perdre.»

Dans l'entr'acte, le Porporino vint dans sa loge, et lui parlant à

demi-voix:

«Je t'avais dit de te méfier de M. de Saint-Germain, lui dit-il; mais il

était trop tard. Chaque parti a ses traîtres. N'en sois pas moins fidèle à

l'amitié et docile à la voix de ta conscience. Tu es protégée par un bras

plus puissant que celui qui t'opprime.

--Que veux-tu dire, s'écria la Porporina? es-tu de ceux...

--Je dis que Dieu te protégera, répondit le Porporino, qui semblait

craindre d'avoir été entendu, et il lui montra la cloison qui séparait les

loges d'acteurs les unes des autres. Ces cloisons avaient dix pieds de

haut; mais elles laissaient entre leur sommité et le plafond commun un

espace assez considérable, de sorte qu'on pouvait facilement entendre

d'une loge à l'autre ce qui se passait.

«J'ai prévu, lui dit-il en parlant encore plus bas et en lui remettant une

bourse, que tu aurais besoin d'argent, et je t'en apporte.

--Je te remercie, répondit Consuelo; si le gardien, qui me vend chèrement

les vivres, venait te réclamer quelque paiement, comme voici de quoi le

satisfaire pour longtemps, refuse de solder ses comptes. C'est un usurier.

--Il suffit, répliqua le bon et loyal Porporino. Je te quitte;

j'aggraverais ta position si je paraissais avoir des secrets avec toi.»

Il s'esquiva, et Consuelo reçut la visite de madame de Cocceï (la

Barberini), qui lui témoigna courageusement beaucoup d'intérêt et

d'affection. La marquise d'Argens (la Cochois) vint les rejoindre d'un air

plus empesé, et avec les belles paroles d'une reine qui protège le

malheur. Consuelo ne lui en sut pas moins de gré de sa démarche, et la

supplia de ne pas compromettre la faveur de son époux en prolongeant sa

visite.

Le roi dit à Poelnitz:

«Eh bien, l'as-tu interrogée? As-tu trouvé moyen de la faire parler?

--Pas plus qu'une borne, répondit le baron.

--Lui as-tu fait entendre que je pardonnerais tout, si elle voulait

seulement me dire ce qu'elle sait de la _balayeuse_, et ce que

Saint-Germain lui a dit?

--Elle s'en soucie comme de l'an quarante.

--L'as-tu effrayée sur la longueur de sa captivité?

--Pas encore. Votre Majesté m'avait dit de la prendre par la douceur.

--Tu l'effraieras en la reconduisant.

--J'essaierai, mais je ne réussirai pas.

--C'est donc une sainte, une martyre?

--C'est une fanatique, une possédée, peut-être le diable en cotillons.

--En ce cas, malheur à elle! je l'abandonne. La saison de l'opéra italien

finit dans quelques jours; arrange-toi pour qu'on n'ait plus besoin de

cette fille jusque là, et que je n'entende plus parler d'elle jusqu'à

l'année prochaine.

--Un an! Votre Majesté n'y tiendra pas.

--Mieux que ta tête ne tient sur ton cou, Poelnitz!»

La comtesse de Rudolstadt · 第 18 / 51 题