«Que Dieu me pardonne!... C’est Elle,
C’est Jeanne qui s’en vient là-bas,
Avec sa jupe de dentelle
Qui se retrousse sur ses bas;
«Et sa lèvre aussi le fredonne,
Le chant triste, le chant d’émoi
Qui, pareil aux souffles d’automne,
Tout à l’heure pleurait en moi...»
Tout s’est tu... Les feuilles jaunies,
Telles que des oiseaux blessés,
Tombent des branches dégarnies,
En silence, dans les fossés.
V
Le lendemain, à l’aube grise,
Karduner le vieux, dans sa cour,
Regardait, en bras de chemise,
Partir ses gens pour le labour.
Lors, parut, pliant sous sa charge,
Une chercheuse de bois mort:
«A ton chariot le plus large,
Attelle ton bœuf le plus fort!
«Là-haut, parmi les feuilles jaunes,
Sont deux cadavres enlacés,
Pour qui les grands pins monotones
Chantent le chant des trépassés!...»
Elle dit. Le soir, la barrière
Restait ouverte à Kerantour,
Et, pour la funèbre prière,
Entraient des pâtres d’alentour.
Sur la table de la cuisine
Les morts côte à côte allongés,
A la lueur d’une résine,
Dormaient, veillés par les bergers!...
Ainsi mourut, sans qu’on sût comme,
Pour avoir offensé l’amour,
A la fleur de son âge d’homme,
Le fils aîné de Kerantour.
Ainsi mourut, en mi-novembre,
Jeanne Lezveur, de Kerprigent,
Les prés étant couleur de l’ambre,
Et les ruisseaux couleur d’argent!