IV

«Que Dieu me pardonne!... C’est Elle,

C’est Jeanne qui s’en vient là-bas,

Avec sa jupe de dentelle

Qui se retrousse sur ses bas;

«Et sa lèvre aussi le fredonne,

Le chant triste, le chant d’émoi

Qui, pareil aux souffles d’automne,

Tout à l’heure pleurait en moi...»

Tout s’est tu... Les feuilles jaunies,

Telles que des oiseaux blessés,

Tombent des branches dégarnies,

En silence, dans les fossés.

V

Le lendemain, à l’aube grise,

Karduner le vieux, dans sa cour,

Regardait, en bras de chemise,

Partir ses gens pour le labour.

Lors, parut, pliant sous sa charge,

Une chercheuse de bois mort:

«A ton chariot le plus large,

Attelle ton bœuf le plus fort!

«Là-haut, parmi les feuilles jaunes,

Sont deux cadavres enlacés,

Pour qui les grands pins monotones

Chantent le chant des trépassés!...»

Elle dit. Le soir, la barrière

Restait ouverte à Kerantour,

Et, pour la funèbre prière,

Entraient des pâtres d’alentour.

Sur la table de la cuisine

Les morts côte à côte allongés,

A la lueur d’une résine,

Dormaient, veillés par les bergers!...

Ainsi mourut, sans qu’on sût comme,

Pour avoir offensé l’amour,

A la fleur de son âge d’homme,

Le fils aîné de Kerantour.

Ainsi mourut, en mi-novembre,

Jeanne Lezveur, de Kerprigent,

Les prés étant couleur de l’ambre,

Et les ruisseaux couleur d’argent!

La chanson de la Bretagne · 第 53 / 95 题