Jeanne Larvor

C’est une histoire lamentable

Qu’on m’a contée un soir d’hiver.

Les vaches meuglaient dans l’étable,

Et le vent soufflait de la mer.

I

Jeanne Larvor fait la lessive

Au presbytère du Moustoir...

Qu’a donc, pour la rendre pensive,

L’eau qui jaillit de son battoir?

Dès qu’une goutte l’éclabousse,

Elle rougit, rougit encor...

Sur quelle herbe et dans quelle mousse

A donc marché Jeanne Larvor?

«Holà! Jeanne! vraiment, il semble

Que vos yeux ont déjà pleuré.

Ne peut-on sans que la main tremble

Tordre le linge d’un curé?

«Passe encore, si c’était le Pape!»

Laissant jaser, à tour de bras

Jeanne tape toujours, et tape

Sur les serviettes, sur les draps...

Jeanne Larvor est fiancée

A Jean Garel le Guénédour...

Fille éprise, gorge oppressée;

Soupir de femme, appel d’amour!

«Hé! patience, la petite!

Si c’est d’un mari qu’il vous chaut,

Sachez qu’il vient souvent trop vite,

Et ne part jamais assez tôt!»

Ainsi propos et railleries

Autour de Jeanne vont pleuvant...

La lessive, dans les prairies,

Comme des voiles claque au vent.

Mais Jeanne garde son mystère,

Jeanne Larvor ne semble voir

Que le linge du presbytère

Dans l’eau mousseuse du lavoir.

Ses oreilles, elle les bouche;

Les bourdons de l’essaim moqueur

Ne pourront cueillir sur sa bouche

Le miel déposé dans son cœur.

La chanson de la Bretagne · 第 40 / 95 题