CONCLUSION

Un point d'arrêt. La place me manque et le lecteur me demande de quitter

momentanément la plume. Je m'incline.

De tout cet amas de littérature spéciale, de toutes ces élucubrations

qu'enfantèrent cerveaux sains et cervelles folles, que devons-nous

conclure? J'ai parcouru dans tous les sens ce vaste labyrinthe, et, non

sans m'être parfois égaré en route, je me retrouve à mon point de

départ, observant toutefois que le trajet accompli m'a montré force

beaux chemins, recoins ignorés, mystères non approfondis. Aussi vais-je

m'efforcer de résumer en quelques lignes l'impression subie en route.

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Avant tout, je dois encore signaler au lecteur qu'à l'heure même où

j'écris ces lignes, de nouveaux ouvrages sur la flagellation sont mis en

vente. D'autre part, j'ai fait dans la présente bibliographie de

nombreuses omissions, souvent volontaires. C'est ainsi que j'ai

intentionnellement mis de coté les oeuvres du trop fameux marquis de

Sade.

Je puis citer parmi les ouvrages anglais oubliés: _The Yellow Room_,

_Lady Gay Spanker_, _The Lustful Turk_, etc. J'y reviendrai d'ailleurs.

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Maintenant quelle utile moralité pouvons-nous déduire de cette

bibliographie? Je crois que sa lecture attentive permet d'affirmer à

nouveau ce que je n'ai cessé de répéter à propos de ce genre tout

spécial d'ouvrages, qu'au fond de la nature humaine sommeille ce besoin

de destruction, qui rend l'homme comparable à l'animal, avec cette

différence toutefois, que celui-ci met bien moins de raffinement que

celui-là et de cruauté dans l'assouvissement de ses passions. Quelle en

est exactement la cause? Je crois que les sentiments comprimés, loin de

s'étouffer tendent au contraire à éclater avec beaucoup plus de

violences, et chaque siècle et chaque pays produit ses Néron, ses Sade,

ou ses... Oscar Wilde.

Le crime passionnel a de tout temps vivement préoccupé l'opinion

publique, et provoqué l'attention des savants. Les cas isolés qui se

sont déroulés en notre pays, depuis Sade jusqu'à Vacher, ne sont que la

reproduction en petit, la répétition, l'imitation sanglante d'un petit

nombre, contemplateur, parfois admirateur des forfaits des peuples. Et

encore ces faits sont-ils le plus souvent considérés comme des

_incidents_ qui passent sans laisser trace dans l'existence universelle.

Peut-être quelques-uns de nos lecteurs ont-ils lu les admirables

articles que publia Vigné d'Octon dans un grand journal parisien. Ils se

rattachaient exclusivement à la _colonisation_, à l'apport de _notre_

civilisation chez les peuples qui n'en veulent pas. Et toujours, il en

sera ainsi, tant qu'un petit nombre d'hommes, s'arrogera le droit

d'imposer à des races inférieures leurs lois, leurs moeurs, leurs

croyances.

Après les conquêtes, les luttes entre les races soeurs, le faible a dû

de tous temps céder au plus fort, et l'un des plus grands

capitaines--sinon bandits--que l'Europe ait possédé n'a pas craint de

posséder cette phrase odieuse: _La force prime le droit._ Autrefois, les

races aborigènes de l'Amérique, hier la Pologne, aujourd'hui d'autres

peuples disputent héroïquement, aux envahisseurs doublés d'oppresseurs

habillés en civilisés leurs territoires, leurs biens. Demain, les

nations s'entredévoreront.

Sang, amour, massacre! ces trois mots semblant liés par un lien

indissoluble régneront encore longtemps sur l'esprit des hommes. Folie

sadique ou folie des grandeurs, meurtres érotiques ou viols en temps de

guerre, même recommencement sinistre de l'humanité qui croît en grandeur

mais aussi en épouvante.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Pourquoi ai-je été amené à parler de la flagellation? J'ai cru que

c'était là le seul moyen capable de montrer combien il faut peu de chose

pour réveiller le monstre qui sommeille en nous.

La luxure est certainement le mal qui fait le plus de ravages dans

l'humanité. Or la luxure est bien rarement indépendante de la cruauté

et, pour exercer cette dernière, la flagellation semble venir comme

corollaire indispensable, complétant merveilleusement cet instinct du

mal, et, qu'elle soit donnée ou soufferte, elle ne fait pas moins partie

intégrante du sadisme. Parcourez les nombreux thèmes émis sur la

matière. Lisez sans vous interrompre ces pages où chaque auteur s'est

efforcé de dépasser son prédécesseur en horreur, et comparez à ces

ordures--incontestablement ordures--les nombreuses études sérieuses

publiées à ce sujet par des plumes autorisées. La différence est minime.

Dans la première catégorie de ces ouvrages, une note domine: l'érotisme,

mais enfanté par le cerveau quelque peu en délire d'un auteur qui

rarement a du talent. Dans la seconde catégorie, les sujets étudiés--je

parle des sujets humains--sont tous possédés de la manie érotique

poussée à son extrême limite. Ce sont des _fous_.

Je n'ai nullement la prétention d'avoir mis sous les yeux des

bibliophiles une liste très complète des ouvrages parus sur la

flagellation. Mon intention a été plus modeste! J'ai voulu seulement

montrer que ce grave sujet a des bases inébranlables dans la religion,

les moeurs, depuis les temps les plus éloignés et qu'aujourd'hui, il ne

le cède en rien pour sa vigueur. Et pour prouver cela, que faire, sinon

s'appuyer sur l'immuable littérature. Aussi, je me promets bien de

reprendre le sujet plus à fond un de ces jours et de donner une

bibliographie plus complète et surtout plus ordonnée que la présente.

J'ai voulu me contenter d'une esquisse, d'un léger aperçu des ouvrages

sur la flagellation parus en français ou en d'autres langues, mais non

pousser cette étude à fond.

Pour que tant et tant d'auteurs divers s'en soient occupés, il faut que

cette passion tienne une assez large place dans nos moeurs, qu'elle s'y

soit implantée d'une façon indéracinable.

Mais, me direz-vous, la presque totalité de ce genre de littérature est

composée d'ouvrages anglais ou traduits de l'anglais!

C'est vrai et c'est bien là-bas que fleurit cette pratique, si,

toutefois, on doit s'en rapporter à la quantité de volumes élaborés sur

la matière.

A toi la palme, John Bull, car en France, tout se termine par des

chansons. Oyez plutôt:

En Virginie, épisode de la guerre de sécession Précédé d'une étude sur l'esclavage et les punitions corporelles en Amérique, et suivi d'une bibliographie raisonnée des principaux ouvrages français et anglais sur la flagellation · 第 73 / 88 题