Cannes, 27 octobre 1863.
Mon cher Panizzi,
Les motifs qu'on donne chez vous au voyage sont parfaitement ridicules.
Il y a des gens qui ne croient pas qu'on boive jamais un verre de vin de
Bordeaux sans quelque but politique. Du reste, la réception a été très
belle et tout s'est passé pour le mieux. Dans quelque temps, j'aurai des
détails dont je vous ferai part s'ils en valent la peine.
Hier, nous avons eu la visite de Cousin arrivant de Paris et voyant les
choses très en noir. Il croit, et je crains qu'il n'ait raison, que
toutes les belles promesses de Thiers ne tiendront pas. C'est un autre
orgueil, et des plus grands. Il ne s'agit plus d'être chef du cabinet:
il faut être président ou Dieu sait quoi. En attendant, il débute par ce
qui me semble une impertinence et une faute. Il n'ira pas à la séance
d'ouverture. Les nouveaux élus sénateurs et députés doivent y prêter
serment. Croit-il que le serment prêté à la Chambre et devant le
président oblige moins que s'il était prêté devant Sa Majesté. Il dit
que ce qu'il en fait, c'est pour se mettre bien avec l'opposition, afin
de donner plus d'autorité à sa parole lorsqu'il lui prêchera la
modération.
Adieu, mon cher Panizzi. Nous avons toujours un temps magnifique. Hier,
on nous a donné un gros bouquet de lilas; c'est la seconde cueillette de
cette année. Nous mangeons des pois et, si la chaleur durait, nous
aurions probablement bientôt des fruits de l'année prochaine.