CXXXIX

Cannes, 27 octobre 1863.

Mon cher Panizzi,

Les motifs qu'on donne chez vous au voyage sont parfaitement ridicules.

Il y a des gens qui ne croient pas qu'on boive jamais un verre de vin de

Bordeaux sans quelque but politique. Du reste, la réception a été très

belle et tout s'est passé pour le mieux. Dans quelque temps, j'aurai des

détails dont je vous ferai part s'ils en valent la peine.

Hier, nous avons eu la visite de Cousin arrivant de Paris et voyant les

choses très en noir. Il croit, et je crains qu'il n'ait raison, que

toutes les belles promesses de Thiers ne tiendront pas. C'est un autre

orgueil, et des plus grands. Il ne s'agit plus d'être chef du cabinet:

il faut être président ou Dieu sait quoi. En attendant, il débute par ce

qui me semble une impertinence et une faute. Il n'ira pas à la séance

d'ouverture. Les nouveaux élus sénateurs et députés doivent y prêter

serment. Croit-il que le serment prêté à la Chambre et devant le

président oblige moins que s'il était prêté devant Sa Majesté. Il dit

que ce qu'il en fait, c'est pour se mettre bien avec l'opposition, afin

de donner plus d'autorité à sa parole lorsqu'il lui prêchera la

modération.

Adieu, mon cher Panizzi. Nous avons toujours un temps magnifique. Hier,

on nous a donné un gros bouquet de lilas; c'est la seconde cueillette de

cette année. Nous mangeons des pois et, si la chaleur durait, nous

aurions probablement bientôt des fruits de l'année prochaine.

Lettres à M. Panizzi - 3eme édition, Tome I · 第 141 / 152 题