Paris, 8 octobre 1863.
Mon cher Panizzi,
Je trouve ici qu'on ne s'occupe pas trop du voyage de l'impératrice, ce
qui me fait grand plaisir. Elle est arrivée à Lisbonne en bonne santé et
assez vite. Aujourd'hui, elle doit être à Cadix. C'est malheureusement
là que les embarras commencent. Il paraît qu'elle n'a fait que paraître
et disparaître en Portugal. On avait prévenu le roi, mais il n'y a pas
eu d'entrée ni de _fiocchi_. D'un autre côté, elle envoie de Lisbonne à
Madrid de Caux avec une lettre pour la reine, en sorte que la mauvaise
humeur de Sa Majesté catholique soit conjurée autant que possible.
Je viens de déjeuner avec M. Fould, que j'ai trouvé assez gaillard et
moins furieux qu'on ne le pouvait craindre de la part d'un homme qu'on
arrache aux ortolans de Tarbes pour le relancer dans la politique et les
finances. Il est très content de son maître et croit au maintien de la
paix, du moins tant que ses alliés ne voudront pas la guerre.
J'ai trouvé ici un Portugais, homme assez riche, qui s'ennuie et qui a
le goût des coups de fusil. Il est allé en tirer au Maroc avec
O'Donnell, puis en Pologne, d'où il revient après avoir été deux fois
pris par les Russes, dont il se loue assez, car on s'est borné à le
renvoyer par la frontière la plus proche. Il dit qu'il n'y a pas un mot
de vrai dans les bulletins polonais, et qu'il a passé son temps à être
battu et à s'enfuir. Il n'a pas grande idée ni du patriotisme ni des
ressources du pays.
La phrase de lord Palmerston que vous m'envoyez est jolie; mais c'est
le mot d'un vieillard qui n'espère plus rien, et qui ne demande plus
qu'à mourir tranquille. Ce n'est pas, ce me semble, le langage du
premier ministre d'un grand pays.
Adieu, mon cher Panizzi; je vous souhaite santé et prospérité. Il fait
un temps digne de Londres, quoique pas trop froid.