CXXI

Cannes, 3 février 1863.

Mon cher Panizzi,

Mille remerciements pour le rapport de M. Settembrini sur les moulages

de Pompéi. C'est un peu poétique et pas assez précis; mais le

renseignement que vous m'avez donné sur la façon dont les Romains se

rasaient, vaut toute la description du journal.

Je ne puis vous parler politique à une si grande distance des lumières.

Je n'admets pas ce que vous me dites de l'influence exercée sur l'Italie

par l'occupation de Rome, quelque opposé que je sois, comme vous savez,

à la chose. Le brigandage est facile dans un pays où il y a de

mauvaises routes, où les centres de population sont très éloignés, où

enfin il y a des lois qui empêchent de procéder comme faisait le général

Manès, qui, en un an, avait fusillé tant de coquins et tant de

soi-disant coquins, qu'il n'est plus resté que des gens aussi vertueux

qu'on en voit dans les romans. Sous cette administration

philanthropique, on pouvait se promener avec de l'or plein ses poches de

Naples à Tarente. On effrayait les pauvres diables qui craignaient

d'être fusillés, si on venait à perdre cet or.

Ce système appartient au premier empire et à celui de Nicolas, et n'est

plus applicable maintenant. Mais voici ce que j'ai vu faire par une

bonne administration. Aucun pays n'est plus convenable aux brigands que

l'Espagne. Il y en avait eu sous tous les régimes. Le duc de la Ahumada

a été chargé d'organiser la gendarmerie. Il a si bien fait, qu'au bout

d'un an il n'y a plus eu un brigand en Espagne. Le gendarme espagnol est

aussi actif, aussi solide, et plus désintéressé, que le policeman de

Londres, qui reçoit une couronne avec reconnaissance. Le gendarme

espagnol serait chassé du corps s'il acceptait une rémunération, et

j'en ai vu qui refusaient des cigares de votre serviteur. Vous n'aurez

plus de brigands dans le sud de l'Italie, lorsque vous aurez une bonne

administration. Pour cela, il ne faudrait pas changer trop souvent de

ministres.

On est très inquiet du Mexique, et chaque jour fait regretter davantage

cette expédition. Il se fait tant de bêtises en Allemagne, que quelqu'un

qui aurait les millions et les milliers de soldats du Mexique, pourrait

joliment pêcher en eau trouble.

Je ne comprends pas et je déplore la campagne de lord Russell en faveur

des Polonais, campagne dans laquelle il veut nous entraîner, et nous a

probablement entraînés. Je tiens pour vrai un proverbe russe qui dit que

le bon Dieu a pris ce que vous savez d'un ciron mâle pour faire la

cervelle de tous les Polonais.

Adieu, mon cher Panizzi. Portez-vous bien et donnez-moi de vos

nouvelles.

Lettres à M. Panizzi - 3eme édition, Tome I · 第 123 / 152 题