CXVIII

Cannes, 3 janvier 1863.

Mon cher Panizzi,

Ellice m'a apporté des journaux américains très curieux, qui contiennent

une relation de la bataille de Fredericksburg. C'est une horrible

boucherie sans le moindre résultat. Il y a de part et d'autre de très

bons soldats, mais pas de généraux. Cela continuera probablement encore

cette année et le destin des chats de Kilkenny est le seul augure qu'on

puisse tirer pour l'avenir de ce pays.

Je suis impatient de savoir comment vous avez trouvé Naples et ce que

vous pensez du présent, du passé et du futur. Mon journal me dit que

Garibaldi doit aller prochainement à Naples. Croyez que ce roi des niais

n'a pas encore dit son dernier mot, et qu'il y a encore des bêtises dans

son sac.

Ici, depuis que la question du Mexique a pris des proportions

inquiétantes, on ne se préoccupe plus tant de la question italienne.

Nous la verrons cependant reparaître lors de la discussion de l'adresse.

Si je suis assez bien, comme je l'espère, je compte aller à Paris pour

l'ouverture des débats, c'est-à-dire vers le 20 de ce mois. Je

reviendrai ensuite ici pour y passer les mauvais temps du mois de

février et du commencement de mars. Décidément je veux vendre cher ma

peau, et me défendre contre le froid et la vieillesse aussi longtemps

que je le pourrai.

Votre ami le prince impérial a été très souffrant d'un gros rhume; il

est à présent parfaitement remis.

Comment vous trouvez-vous du climat de Naples? Je pense avec envie aux

macaronis que vous mangez, aux _trigli di noglio_ et autres productions

du pays qui, au palais de lady Holland, doivent être fort embellies par

l'art. N'oubliez pas de m'acheter une main de corail pour me préserver

de la jettature, et de garder note du prix.

Rothschild, comme vous avez pu voir, a donné à l'empereur une chasse et

un déjeuner magnifiques dans son château de Ferrières. On dit que,

lorsque l'empereur est reparti pour Paris, Rothschild lui a dit, avec

l'accent et le français germanique que vous lui connaissez: «Sire, mes

enfants et moi, nous n'oublierons jamais cette journée. _Le_ mémoire

nous en sera cher.»

J'ai vu ce matin lord Brougham, qui me semble bien vieilli et cassé. On

dit qu'il écrit ses mémoires, lesquels seront longs et peut-être pas

trop véridiques.

Adieu, mon cher Panizzi; santé, joie et prospérité en cette présente

année comme dans les suivantes.

Lettres à M. Panizzi - 3eme édition, Tome I · 第 121 / 152 题