Biarritz, 28 septembre 1861.
Mon cher Panizzi,
La Valette, me dit-on, n'est pas encore parti. La conversation qu'il
aura avec Sa Majesté avant de se mettre en route serait curieuse à
écouter, et je voudrais être une petite souris pour les entendre.
Je vous ai dit plus d'une fois que je croyais l'empereur aussi attaché
au pape que vous et moi. La différence entre nous, c'est qu'il a charge
d'âmes. Il s'agit pour lui de se convaincre de la disposition réelle de
la France et de l'Europe. Je crois que le sentiment catholique s'est
affaibli en France depuis la bataille de Castelfidardo. Cependant croyez
qu'il est toujours très fort; nous ne pouvons nous débarrasser comme les
Anglais des chimères chevaleresques en présence des intérêts. Les
Anglais tolèrent les insolences des Yankees en considération du coton.
On ne pourrait obtenir cela des Français. Un vieillard sans puissance
et quinteux, fait pitié. Il serait plus facile de lui faire la guerre
s'il était souverain d'un grand pays. Pensez, en outre, à l'influence
énorme des curés et des femmes, qui sont toutes papistes. Voyez combien
il est nécessaire de ménager la chèvre et le chou, et prenez patience,
si on ne se décide pas aussi vite que vous le désirez.
Adieu. Comment vont vos genoux et vos poignets?