XLI

Londres, 7 août 1860.

Mon cher Panizzi,

Je profile de l'offre obligeante de sir Charles Mac Carthy pour vous

écrire un mot, et vous apprendre mon arrivée sans accident à Londres.

Ellice est arrivé deux heures après moi, avec la vigueur d'un jeune

lion. Il s'en est allé tout courant d'Arlington street, voter contre le

ministère, et, ce matin, il est enchanté de s'être trouvé en minorité.

Ce sont des arcanes parlementaires où je n'entends rien. Il me semble

que le ministère, bien qu'il ait eu une majorité de trente-trois voix,

n'en est pas beaucoup plus fort. Mais il a les vacances en perspective

pour se fortifier.

Lord Shaftesbury, qui professe une grande défiance pour Sa Majesté

l'empereur des Français, le soupçonne véhémentement d'en vouloir aux

Druses, parce que ces honnêtes gens sont bien disposés pour le

protestantisme, comme il résulte d'une lettre d'un révérend Américain

qu'il a lue. Ce speech, que j'ai lu dans le _Times_, m'a mis de bonne

humeur pour la journée. J'ai compris qu'on ne pouvait pas avoir un si

grand nez sans que la judiciaire n'en souffrît un tant soit peu.

Adieu, mon cher Panizzi; je ne vous promets pas de bon boeuf salé à

Paris, mais j'ai écrit à mademoiselle Lagden, qui sait tout, de me

découvrir de la mortadelle de Bologne.

Lettres à M. Panizzi - 3eme édition, Tome I · 第 46 / 152 题