Paris, 3 mai 1860.
Mon cher Panizzi,
Vous aurez reçu une lettre de moi qui répond à une partie de vos
questions. Je viens de voir Flourens qui est pour la séparation des
collections d'histoire naturelle. Il m'a donné de nouveaux détails sur
l'administration du Jardin des Plantes. Le grand défaut, à son avis, est
que le professeur qui préside et signe les actes du conseil n'a aucun
pouvoir, et que chaque professeur est souverain absolu dans sa
collection. Il en résulte plus d'un inconvénient grave. Par exemple, un
singe étant mort au Jardin des Plantes, M. Cuvier voulait voir s'il
avait treize côtes. M. de Blainville, professeur, ayant les singes sous
ses ordres, ne permit pas la vérification.
J'ai le malheur d'être pour le moment secrétaire du Sénat, ce qui
m'oblige d'une part à beaucoup d'exactitude, et de l'autre m'ennuie
horriblement. J'ai bien peur de ne pas être libre avant la fin de la
session, c'est-à-dire au commencement de juin. Je n'ai guère de goût
pour Carlsbad. Venez-vous-en plutôt à Florence ou quelque part en
Italie, je serai votre homme. Si nous allions demander au saint-père un
chapelet bénit?
Adieu, mon cher Panizzi; je vous quitte pour dépouiller un scrutin:
c'est une opération presque aussi divertissante que d'écosser des pois.