Paris, 30 avril 1860.
Mon cher Panizzi,
Je ne connais pas les règlements du Jardin des Plantes; je ne sais même
pas s'il y a quelque chose de semblable; mais j'ai écrit à mon confrère
M. Flourens pour les lui demander. Il y a deux ans, le ministre de
l'instruction publique, mécontent du gaspillage de l'administration du
Jardin des Plantes, nomma une commission pour tout réorganiser. Les
professeurs sont logés dans les bâtiments, et, quand ils n'ont pas une
famille très nombreuse, on place dans les bâtiments les collections
d'histoire naturelle, un peu pêle-mêle, à ce qu'on prétend.
Le Jardin des Plantes est une république. Les professeurs s'administrent
entre eux, délibèrent, et tour à tour sont _administrateurs_,
c'est-à-dire présidents de l'assemblée, correspondant en son nom avec le
ministre. Le ministre actuel a voulu les tirer de leur douce quiétude,
savoir ce que devenaient les oeufs d'autruche et les légumes et les
fruits. Ces messieurs ont été demander à l'empereur qu'on les laissât
tranquilles, et l'empereur, qui a beaucoup d'estime pour les savants, a
prié le ministre de s'occuper d'autre chose. En somme, le Muséum
ressemble beaucoup aux collèges d'Oxford et de Cambridge, _otium cum
dignitate_. J'oubliais de vous dire qu'il y a, au Muséum du Jardin des
Plantes, une petite somme pour faire voyager des jeunes gens qui
ramassent des pierres, des plantes et des bêtes, pour en enrichir les
collections. De temps en temps, le Muséum crie misère, et on lui donne
quelque petit supplément à son budget.
Calme plat en politique. Bien qu'il n'y ait pas encore de jour ni de
mois fixé pour le départ de Rome de la division Goyon, il est à peu près
certain qu'elle n'achèvera pas la présente année en Italie. On m'assure
que le général Lamoricière correspondait avec le ministère de la guerre
ici, pour des affaires de service. Il est toujours au mieux avec le
pape; et c'est entre Mérode et le saint-père que se brasse la nouvelle
organisation.
Je vois ici des gens très inquiets de la force de la minorité du
parlement italien. Lorsque le roi est entré à Florence, il a trouvé sur
son passage des députations de Romains, de Vénitiens et de Napolitains
avec des drapeaux et des harangues, et on prétend qu'il les a trop bien
reçues.
On se tue fort agréablement en Autriche; mais il paraît que, si tous les
voleurs prenaient ce parti violent, la dépopulation du pays serait
certaine. Tous les jours, on trouve de nouvelles voleries; mais ce qu'on
retrouve le moins, c'est l'argent volé. On prétend que l'empereur en est
très affecté et que cela est pour quelque chose dans sa résolution de
faire des réformes libérales. On m'assure qu'il est le moins éloigné de
tout son conseil de l'idée de vendre la Vénétie.
Adieu, mon cher Panizzi; si vous avez besoin d'autres renseignements, je
suis tout à vos ordres.
_P.-S._ Comment écrire à Salvagnoli? Quel titre a-t-il et où
demeure-t-il? Montemolin se montre disposé à reconnaître l'innocente
Isabelle. Les Bourbons ne sont plus héroïques. Les rouges font des
progrès énormes en Espagne; on s'attend à du tapage cet été.