Paris, 25 juillet 1859

Mon cher Panizzi,

Notre saint-père devient coulant, à ce qu'on assure, mais je n'en crois

rien. Jamais on n'a le dernier avec un prêtre, on n'en vient à bout que

par le silence et la famine. Cela me fait bien regretter le succès de la

Saint-Barthélemy et l'abjuration de Henri IV. La machine est bien

vieille mais toujours puissante, et l'incrédulité même de ce temps-ci

lui assure une grande durée, car que mettre à la place?

Je pourrais vous accabler sous le poids de centaines d'anecdotes sur le

peu de sympathie que nous avons trouvé en Italie parmi le peuple. Je

vous en fais grâce. Comment en serait-il autrement dans un pays gouverné

comme il l'a été? Je me rappelle encore mon étonnement, la première fois

que je suis allé en Espagne, de voir comment le gouvernement de ce grand

prince Ferdinand VII traitait les paysans et les grands seigneurs. Les

paysans l'adoraient et les autres le détestaient. Chacun avait raison.

La canaille était ménagée et encouragée dans ses mauvais instincts,

tandis que tout homme ayant un habit noir était suspect et embêté de

toutes les manières.

Adieu, mon cher Panizzi. Il n'y a plus un chat à Paris. On y brûlait

hier. Aujourd'hui, un grand orage nous a un peu rafraîchis.

Lettres à M. Panizzi - 3eme édition, Tome I · 第 28 / 152 题