SCÈNE III

Mitylène.--Appartement dans un mauvais lieu.

_Entrent le_ MAITRE DE LA MAISON[4], sa FEMME et BOULT.

[Note 4: Le maître de la maison, en anglais _pander_, et la femme

_bawd_.]

LE MAITRE DE LA MAISON.--Boult!

BOULT.--Monsieur.

LE MAITRE.--Cherche avec soin dans le marché; Mitylène est plein de

galants: nous avons perdu trop d'argent, l'autre foire, pour avoir

manqué de filles.

LA FEMME.--Nous n'avons jamais été aussi mal montés: nous n'avons que

trois pauvres diablesses, elles ne peuvent que ce qu'elles peuvent; et,

à force de servir, elles tombent en pourriture, ou peu s'en faut.

LE MAITRE.--Il nous en faut donc de fraîches, coûte que coûte. Il faut

avoir de la conscience dans tous les états, sans quoi on ne prospère

pas.

LA FEMME.--Tu dis vrai: il ne suffit pas d'élever de pauvres bâtardes;

et j'en ai élevé, je crois, jusqu'à onze....

BOULT.--Oui, jusqu'à onze ans, et pour les abaisser après; mais j'irai

chercher au marché.

LA FEMME.--Sans doute, mon garçon; la cochonnerie que nous avons tombera

en pièces au premier coup de vent; elles sont trop cuites que cela fait

pitié.

LE MAITRE.--Tu dis vrai; en conscience elles sont trop malsaines. Le

pauvre Transylvanien est mort pour avoir couché avec la petite drôlesse.

BOULT.--Comme elle l'a vite expédié; elle en a fait du rôti pour les

vers!--Mais je vais au marché.

(Boult sort.)

LE MAITRE.--Trois ou quatre mille sequins seraient un assez joli fonds

pour vivre tranquilles et abandonner le commerce.

LA FEMME.--Pourquoi abandonner le commerce, je vous prie? Est-il honteux

de gagner de l'argent quand on se fait vieux?

LE MAITRE.--Oh! le renom ne va pas de pair avec les profits, ni les

profits avec le danger. Ainsi donc, si dans notre jeunesse nous avons pu

nous acquérir une jolie petite fortune, il ne serait pas mal de fermer

notre porte. D'ailleurs, nous sommes dans de tristes termes avec les

dieux, et cela devrait être une raison pour nous d'abandonner le

commerce.

LA FEMME.--Allons, dans d'autres métiers on les offense aussi bien que

dans le nôtre.

LE MAITRE.--Aussi bien que dans le nôtre, oui, et mieux encore: mais la

nature de nos offenses est pire; et notre profession n'est pas un métier

ni un état. Mais voici Boult.

(Les pirates entrent avec Boult et entraînent Marina.)

BOULT, _à Marina_.--Ici.--(_A Marina_.) Venez par ici.--Messieurs, vous

dites qu'elle est vierge?

PREMIER PIRATE.--Nous n'en doutons pas.

BOULT.--Maître, j'ai avancé un haut prix pour ce morceau; voyez: si elle

vous convient, cela va bien.--Sinon, j'ai perdu mes arrhes.

LA FEMME.--Boult, a-t-elle quelques qualités?

BOULT.--Elle a une jolie figure; elle parle bien, a de belles robes:

quelles qualités voulez-vous de plus?

LA FEMME.--Quel prix en veut-on?

BOULT.--Je n'ai pas pu l'avoir à moins de mille pièces d'or.

LE MAÎTRE.--Très-bien. Suivez-moi, mes maîtres; vous allez avoir votre

argent sur l'heure. Femme, reçois-la; instruis-la de ce qu'elle a à

faire, afin qu'elle ne soit pas trop novice.

(Le maître sort avec les pirates.)

LA FEMME.--Boult, prends son signalement, la couleur de ses cheveux, son

teint, sa taille, son âge et l'attestation de sa virginité; puis crie:

_Celui qui en donnera le plus l'aura le premier_. Un tel pucelage ne

serait pas bon marché, si les hommes étaient encore ce qu'ils furent.

Allons, obéis à mes ordres.

Périclès Tragédie · 第 27 / 37 题