_Entre_ GOWER.
GOWER.--Vous venez de voir un puissant roi entraîner sa fille à
l'inceste, et un autre prince meilleur et plus vertueux se rendre
respectable par ses actions et ses paroles. Tranquillisez-vous donc,
jusqu'à ce qu'il ait échappé à la nécessité. Je vous montrerai comment
ceux qui, supportant l'infortune, perdent un grain de sable et gagnent
une montagne. Le prince vertueux, auquel je donne ma bénédiction est
encore à Tharse où chacun écoute ce qu'il dit comme chose sacrée, et,
pour éterniser le souvenir de ses bienfaits, lui décerne une statue
d'or; mais d'autres nouveautés vont être représentées sous vos yeux:
qu'ai-je besoin de parler?--_(Spectacle muet_.--_Périclès entre par une
porte, parlant à Cléon, qui est accompagné d'une suite; par une autre
porte entre un messager avec une lettre pour Périclès; Périclès montre
la lettre à Cléon, ensuite il donne une récompense au messager. Cléon et
Périclès sortent chacun de leur côté_.)--Le bon Hélicanus est resté à
Tyr, ne mangeant pas le miel des autres comme un frelon. Tous ses
efforts tendent à tuer les mauvais et à faire vivre les bons. Pour
remplir les instructions de son prince, il l'informe de tout ce qui
arrive à Tyr, et lui apprend que Thaliard était venu avec l'intention
secrète de l'assassiner, et qu'il n'était pas sûr pour lui de rester
plus longtemps à Tharse. Périclès s'est embarqué de nouveau sur les
mers, si souvent fatales au repos de l'homme; le vent commence à
souffler, le tonnerre et les flots font un tel tapage que le vaisseau
qui aurait dû lui servir d'asile fait naufrage et se brise; le bon
prince ayant tout perdu est porté de côte en côte par les vagues; tout
l'équipage a péri, lui seul s'échappe; enfin la fortune, lasse d'être
injuste, le jette sur un rivage; il aborde, heureusement le voici.
Excusez le vieux Gower de n'en pas dire davantage, il a été déjà assez
long.
(Il sort.)