Au même instant, on ouvrit la porte du restaurant où nous nous étions
attardés, et l’on apporta un mot à M. Galoin. Il y jeta les yeux, puis
nous dit:
--Il y a du bon. L’homme est sous clé. On m’appelle là-bas pour le
reconnaître.
Puis M. Galoin nous quitta.
Nous étions seuls dans la salle du restaurant. Je m’approchai de
Blanche, puis je lui baisai la main. Nous n’avions rien dit. Nous avions
découvert l’innocence de Larcier, mais nous apprenions en même temps sa
mort! Il y a bien des cas dans la vie où le malheur des uns... Mais
c’est gênant quand on s’en aperçoit...
Je conduisis Blanche jusqu’à la porte de sa chambre. Je lui baisai une
seconde fois la main, et nous nous séparâmes sans rien dire.
Les journaux de Londres, dans leur édition du matin, ont publié tous les
détails relatifs à l’arrestation de Bonnel. Ces détails ont été
reproduits le soir dans tous les journaux de Paris. Ils sont arrivés
jusqu’à notre ville de garnison, et la réhabilitation de Larcier a dû
faire son coup de foudre parmi les sous-officiers du régiment. M.
Galoin, qui avait affaire à Londres pour suivre le procès de Bonnel
devant les juges anglais, nous a donné congé, et nous sommes revenus en
France, mais non sans nous être arrêtés chez un prêtre de ce pays-là,
qui, d’une façon toute expéditive, a uni Henri Ferrat à Blanche Chéron.
Il nous restait à faire régulariser notre union en France. L’important
était de continuer notre voyage de noces à Paris.