Théâtre du faubourg Saint-Germain.--_Les Femmes_, de
Desmoustiers.--_Paméla_, de François de Neufchâteau, etc.--_Le
Somnambule_.--Anecdote curieuse.--Les ci-devant comédiens ordinaires du
roi sont arrêtés.--Mlle Lange.--Manuscrit de l'auteur soustrait aux
scellés.--Anecdotes.
À travers ces désordres et ces horreurs, la littérature obéissait encore
à l'impulsion qu'elle avait reçue antérieurement à la révolution, et
certains esprits s'obstinaient à lui conserver le caractère de recherche
et de galanterie qui lui avait été dernièrement donné par Dorat. De ce
nombre était notre ami Vigée, qui se complaisait à rimer, d'après
Chapelle, des riens en rimes redoublées: c'était pour lui le plus
brillant emploi que l'homme de lettres pût faire de son talent. Rien ne
contrastait avec les circonstances comme une épître qu'il adressa à
_Mlle Contat_, et qui fut insérée dans tous les journaux du temps.
C'était presque une bouffonnerie que d'entendre les crieurs publics qui,
pour stimuler la curiosité, avaient l'habitude d'énoncer le sommaire de
ce que leurs feuilles contenaient, annoncer dans leurs hurlemens, entre
_la grande colère du père Duchêne et le grand décret de la Convention
nationale_, la petite épître du citoyen Vigée à _Louise Contat_. Le
poëte fut plus flatté de cette publication que l'actrice qui, loin de
cacher son dépit, l'exprimait de la manière la plus piquante, et surtout
ne pouvait pas pardonner à Vigée d'avoir employé en parlant d'elle le
pronom possessif _ma_, licence poétique qui au fait prouvait en lui plus
d'imagination que de jugement. _Ma Louise_! répétait-elle. Vigée en
effet, tout galant homme qu'il était, ne manquait ni de pédanterie ni de
fatuité; ces deux défauts ne s'excluent pas.
Vigée crut racheter son tort, si tant est qu'il l'ait reconnu, en
composant pour Mlle Contat un acte intitulé: _la Matinée d'une jolie
femme_. Cette petite pièce est faite sur le modèle de _la Manie des
arts_, petite pièce faite par Rochon de Chabanne sur le modèle du
_Cercle_, petite pièce de Poinsinet, que ces deux imitations sont loin
de valoir. Le talent de Mlle Contat ne put donner à l'oeuvre de Vigée
qu'un succès éphémère. On y venait voir l'actrice avec laquelle elle a
probablement disparu pour jamais de la scène, comme ont disparu de la
société les moeurs qu'elle reproduisait. C'est, sans contredit, ce qu'a
fait de moins bon Vigée, à qui le théâtre est redevable de quelques
jolis ouvrages.
Si _musquée_ qu'elle fut, cette pièce paraissait toutefois sévère
comparativement à celle qui fut jouée immédiatement après elle; je veux
parler des _Femmes_, de Desmoustiers. Nulle oeuvre de l'époque n'est
moins empreinte de sa couleur que celle-là; on la croirait de la fin du
règne de Louis XV; on la prendrait pour une oeuvre posthume de l'auteur
de _la Coquette corrigée_, ou de celui de _la Feinte par amour_. Il faut
l'avouer pourtant, dans son style apprêté, Desmoustiers exprime souvent
des idées justes, des sentimens vrais, et développe parfois des
observations très-fines. Les _Femmes_ sont d'un auteur à qui la
connaissance du coeur humain n'est pas étrangère; mais cette pièce est
trop vide d'action; la vérité du fond ne s'y retrouve pas assez souvent
dans les formes, et quelques traits heureux et naturels ne compensent
pas l'afféterie qui règne dans la majeure partie de cette composition.
Cette comédie qui, ainsi que je l'ai dit plus haut, était jouée avec un
talent rare par des femmes charmantes, commençait à devenir à la mode
pour un certain monde, quand les _Français_ qui, en multipliant les
nouveautés, s'efforçaient de réparer le déficit que la défection des
acteurs dissidens avait produit dans leur répertoire, représentèrent la
_Paméla_ de François de Neufchâteau.
Sans être un ouvrage du premier ordre, cette comédie, imitée de Goldoni,
et faite sur le même fond que _Nanine_, n'est pas dénuée de mérite. Je
doute néanmoins qu'elle eût produit une grande sensation dans une autre
circonstance que celle où elle a été jouée. Elle est écrite avec pureté,
mais d'un style généralement terne et rarement comique. L'action en est
lente, et ce n'est pas sans se traîner qu'elle arrive au dénouement.
Le succès de _Paméla_ n'avait pas été très-brillant, quoique cette pièce
fut merveilleusement jouée par Fleury et par cette Mlle Lange, à qui sur
sa figure on aurait donné son nom; cependant elle attirait quelque
attention parce que certains personnages s'y montraient décorés des
ordres anglais, appareil qui frappait d'autant plus les yeux que toutes
les décorations françaises, même celle de l'ordre de Saint-Louis,
avaient disparu, les institutions auxquelles elles appartenaient étant
proscrites par la nouvelle législation. Les révolutionnaires se
prévalurent de cela pour imputer à l'esprit contre-révolutionnaire le
succès de _Paméla_. Le Théâtre-Français fut fermé par ordre du comité de
salut public, et les comédiens ci-devant ordinaires du roi furent jetés
en prison, à l'exception pourtant de Molé, qui, en considération de ses
opinions, eut le malheur d'être exempté de la peine portée contre ses
camarades.
La représentation de _Paméla_ fut moins la cause que l'occasion de cet
acte de rigueur. C'était le théâtre par lequel avait été accueilli et
représenté _l'Ami des Lois_ qu'on voulait détruire. J'ajouterai qu'un
incident qui passa inaperçu au milieu des faits monstrueux dont chaque
journée était alors remplie, provoqua l'explosion d'un ressentiment que
les terroristes n'avaient jusqu'alors réprimé qu'avec peine, et qui
n'attendait que le moment pour éclater.
À la suite d'une représentation de _Paméla_, on avait donné _le
Somnambule_, de Pont de Veyle. Dans cette pièce, un bonhomme tourmenté
de la manie de détruire et de construire, ne pense qu'aux changemens
qu'il peut opérer dans ses jardins. Une montagne masque la vue de son
château. Comme il n'a que cette montagne en tête, dans un moment où il
s'agit de tout autre chose entre les personnages avec lesquels il est en
scène, il s'écrie du ton le plus résolu: _La montagne sautera_. Or on
désignait dans le public, par la dénomination _montagne_, le groupe qui,
dans certaine partie de la salle où s'assemblait la Convention, formait
la faction qu'avait dominée Marat, groupe au sommet duquel ce monstre
avait long-temps siégé, et d'où s'exhalaient comme d'un volcan les
propositions les plus épouvantables et les plus atroces résolutions.
Par un rapprochement subit, le parterre fit application à cette montagne
de la détermination prise à propos de l'autre, et manifesta par des
applaudissemens redoublés le désir qu'il avait de la voir _sauter_. On
devine le reste. Le parterre fut châtié comme l'étaient, disent les
bonnes gens, les fils de France, sur le derrière d'autrui. Les comédiens
payèrent pour ce prince.
Je courus grand risque de partager leur sort. Voici comment:
J'avais rassemblé dans un cahier quelques essais poétiques de ma façon,
des pièces fugitives, des romances, des chansons qui, dans le temps,
avaient obtenu quelques succès. Mlle Lange m'ayant témoigné le désir de
lire ce recueil, je le lui prêtai, et il était en sa possession quand
elle fut arrêtée comme ses camarades. Or toutes les pièces qu'il
contenait n'étaient pas du genre le plus innocent. Quelques unes avaient
trait à ce qui se passait; et ce n'était pas pour en faire l'éloge que
j'en parlais. Il y avait entre autres certains couplets où la promotion
de Robespierre à la dignité de juge au tribunal de Versailles était
célébrée de manière à ne pas concilier au chansonnier la bienveillance
de ce législateur. C'est le prouver que dire qu'ils avaient été insérés
dans _les Actes des Apôtres_. Au reste les voici:
Monsieur le député d'Arras,
Versailles vous offre un refuge:
De peur d'être jugé là-bas,
Ici constituez-vous juge.
Juger vaut mieux qu'être pendu
Je le crois bien, mon bon apôtre;
Mais différé n'est pas perdu,
Et l'un n'empêchera pas l'autre.
On vous salarie en raison
Ou triste état de nos finances;
Mais c'est sur le tour du bâton
Que nous fondons nos espérances.
Lecointe[1] sait le produit net
Du poste brillant qu'il vous donne,
Et chacun de nous se promet
De vous mesurer à son aune.
Versailles, par cet heureux choix,
Moins à blâmer qu'on ne le trouve,
Sert toute la France à la fois,
Et voici comment je le prouve:
En tout temps, brave homme, et surtout
Dans les présentes conjonctures,
Il est bon d'avoir un égout
Où pousser toutes les ordures.
La plaisanterie était un peu vive. Quand j'appris que les scellés
avaient été mis chez les acteurs arrêtés, il me parut impossible que le
maudit recueil échappât aux recherches des agens du gouvernement, et que
le salut de Mlle Lange ne fut pas compromis par cette découverte.
Ma perte d'autre part était inévitable. Bien que ce cahier, que je
possède encore, ne fut pas écrit de ma main, et qu'il ne portât pas mon
nom, pouvais-je ne pas le réclamer? pouvais-je, par un lâche silence,
laisser tomber sur la tête d'autrui une vengeance que j'avais provoquée?
Torturé par ces idées, j'attendais depuis vingt-quatre heures le
résultat des perquisitions de la police, quand mon manuscrit me fut
remis.
Au lever des scellés, Mlle Lange avait eu l'adresse de l'escamoter,
comme Rosine escamote un billet sous les yeux même de son tuteur. Plus
fière de son habileté qu'effrayée de son péril, elle me le remit en
riant, et me rendit deux fois la vie, car ce tour de passe-passe ne
sauvait pas moins sa tête que la mienne.
Cette communauté de danger fortifia notre liaison, qui n'a fini qu'avec
sa vie; et cela se conçoit, elle était fondée sur la plus pure amitié.
Puisque j'en suis sur cet article, je veux le compléter, et faire
connaître Mlle Lange, qui n'a pas toujours été jugée avec justice.
Quant au physique, il n'est pas possible d'imaginer des traits plus
réguliers et plus gracieux que les siens. De grands yeux bruns, un nez
parfaitement dessiné, une bouche admirable de forme et de fraîcheur et
ornée de dents de la blancheur la plus éblouissante et de la proportion
la plus régulière, un teint dont l'éclat était encore relevé par celui
de ses longs cheveux châtains, faisaient de sa tête une des plus
parfaites qui aient jamais reposé sur des épaules humaines. Ses mains,
ses pieds ne le cédaient à son visage ni en délicatesse ni en blancheur;
elle eût été la plus parfaite des créatures si les proportions de sa
taille eussent répondu à l'élégance du reste de sa personne.
Quant au moral, elle n'avait qu'à se louer aussi de la nature. Sans
avoir cet esprit qui dans Mlle Contat éclatait en saillies si brillantes
et s'exprimait en traits si profonds, elle ne manquait ni de sagacité ni
de pénétration. Elle possédait surtout cette vivacité d'intelligence qui
saisit toutes les finesses de la pensée d'autrui, et rien ne lui
plaisait tant que la conversation de gens supérieurs. Douée d'ailleurs
d'une grande égalité d'humeur, elle était de la société la plus douce,
quoiqu'elle fût un peu moqueuse. Enfin, si elle avait quelques défauts,
ils étaient assez rachetés par ses qualités pour qu'elle ait réussi à se
faire aimer de tout le monde, voire de la fille que son mari avait eue
d'un premier mariage.
Je ne me lassais pas de contempler cette tête charmante: en
conclura-t-on que je ne l'ai pas contemplée impunément? On se trompera:
je la regardais comme je regarde un beau jardin qui ne m'appartient pas,
avec plaisir, mais sans envie, sans désir de l'acquérir en échange de la
modeste propriété qui s'accommode à toutes mes convenances, mais que je
ne connais pas seulement par ses qualités extérieures.
Je ne sache pas qu'il existe un portrait ressemblant de Mlle Lange. Un
grand artiste essaya de la peindre et n'y réussit pas. Était-ce un
malheur réel pour lui? Ce portrait, d'ailleurs admirablement peint,
compromettait-il son talent? Il faut qu'il l'ait cru, car ce portrait
donna lieu à une aventure qui compromit assez fortement son caractère.
Voilà un malheur véritable.
M. Simons, négociant de Bruxelles, homme dont les dehors modestes
couvrent une haute capacité pour les affaires, avait épousé Mlle Lange.
Il chargea Girodet d'en faire le portrait. Enchanté d'avoir à reproduire
une si belle figure, Girodet se mit au travail avec enthousiasme, avec
amour. L'ouvrage fini, il porta la recherche jusqu'à orner de camées le
cadre où il l'enferma, camées qui faisaient aux perfections de
l'original les allusions les plus flatteuses, puis il l'exposa au Salon.
Comme on l'a déjà dit, le portrait ne ressemblait pas; tout le monde fut
de cet avis. Soit que Mme Simons ait été de l'avis de tout le monde,
soit qu'au prix qu'on mit à son tableau Girodet ait eu lieu de
s'apercevoir qu'on n'en était pas entièrement satisfait, prenant plus
d'humeur que de chagrin, il résolut de se venger de l'injure qu'on
faisait à son talent, et redemanda son tableau sous le prétexte de le
retoucher, mais en réalité pour le mettre en pièces; ce qu'il fit, après
avoir renvoyé le prix qui lui en avait été donné.
Son dépit avait fait du bruit; mais on n'y pensait plus, quand au bout
de six semaines, dans le cadre même où le portrait avait été exposé, et
où les madrigaux peints étaient remplacés par des camées satiriques, on
voit paraître au Salon un tableau allégorique des plus injurieux pour
Mme Simons. Pendant le temps qui venait de s'écouler, renfermé dans son
atelier, Girodet s'était uniquement étudié à outrager avec le pinceau
dont il s'était complu à la caresser, cette femme qu'il avait proclamée
angélique. Le cri des honnêtes gens fit disparaître ce monument d'une
vengeance si indigne d'un artiste français, quand même elle aurait été
provoquée par des torts suffisans, mais le souvenir en reste encore; il
a imprimé à la mémoire de son auteur une tache proportionnée à l'esprit
et au talent dont il fit preuve en cette circonstance, qui honore moins
son caractère que son esprit.
Le souvenir de ce fait se représentait toujours à moi quand je
rencontrais Girodet, et me donnait presque autant d'aversion pour sa
personne que j'avais d'admiration pour ses ouvrages. Il me semblait
incompatible surtout avec le sentiment qui lui a inspiré son _Endymion_.
La tête où naquit une conception si suave concevoir une pareille
noirceur!
Né avec un tempérament bilieux, Girodet était irritable au dernier
point. Sa haine pour la critique ne le tourmentait pas moins que son
amour pour la gloire. L'émulation n'était en lui que de la jalousie; il
avait cependant assez de talent pour n'être pas jaloux.
Mlle Lange, par le crédit de quelques amis, obtint la faveur d'avoir une
maison de santé pour prison. Ce mode de réclusion n'avait rien de
sévère. Sauf la faculté de sortir, la prisonnière était aussi libre là
que chez elle; elle y vivait dans la meilleure compagnie, et recevait
qui elle voulait depuis neuf heures du matin jusqu'à neuf heures du
soir. Réunie à quelques autres détenus, elle y tenait une table
excellente, où elle invitait qui elle voulait. J'y dînai plusieurs fois,
et je tiens note de ce fait, parce qu'il me mit en rapport avec
plusieurs personnages de haute distinction qu'hélas! je n'ai pas revus
depuis. De ce nombre était le président de Nicolaï. Je le vis trop et
trop peu. Quelques mois après que j'eus fait connaissance avec lui, il
avait cessé d'exister. Dans ces prisons, pas plus que dans les autres,
on n'était à l'abri des réquisitions de l'atroce Fouquier-Tainville. Il
prenait aussi son horrible dîme sur les privilégiés qu'elles
renfermaient. Plus d'une fois le vide qu'un convive laissait à cette
table m'annonça qu'il y avait attendu la mort moins tristement
qu'ailleurs, mais qu'il n'y avait pas échappé.
Bientôt on envia aux prévenus les adoucissemens dont ils jouissaient
dans les maisons de santé, et l'accès en fut interdit à leurs amis, à
leurs parens même, s'ils n'étaient porteurs d'une permission qu'il
fallait aller chercher au comité de sûreté générale. Je ne revis Mlle
Lange, à dater de là, qu'après que la mort de Robespierre eût rendu à la
vie tant d'infortunés qui attendaient sous clef le coup sous lequel tant
de têtes sont tombées, et qui ne respectait pas plus la beauté que le
génie.
La galanterie n'était pas plus à l'ordre du jour en ce temps-là que la
pitié. Non seulement les bourreaux qui régnaient se plaisaient à faire
tomber sous leur faux des têtes de femmes, comme un polisson à faucher
des roses avec sa baguette, mais ils les tourmentaient par les exigences
les plus ridicules dans la vie civile. Les femmes étaient assujetties
comme les hommes à solliciter des comités de leurs sections respectives
des certificats de toute espèce, soit pour voyager en paix, soit même
pour vivre en paix dans le domicile où elles se renfermaient.
La mesure la moins ridicule de ce genre n'est pas celle par laquelle la
municipalité de Paris les astreignait, ainsi que les autres habitans de
quelque maison que ce fut, à consigner sur une affiche placardée à la
porte qui donnait sur la rue leurs noms, prénoms, surnoms et leur âge.
Quels mécontentemens cette taquinerie tyrannique ne provoqua-t-elle pas!
Je ne sache guère que l'affiche où le général Santerre proposait la
proscription des chiens qui en ait provoqué d'aussi grands.
Malgré le danger auquel on s'exposait en désobéissant à cet arrêté, peu
de dames s'y conformèrent exactement. Aucune n'en profita, il est vrai,
pour se donner, en se vieillissant, un caractère plus respectable, mais
beaucoup en usèrent pour rapprocher leur âge de celui de l'innocence et
se rajeunir. Je me souviens qu'une femme fort jolie, et qui n'était pas
à beaucoup près d'âge à avoir intérêt à mentir sur cet article,
saisissant cette occasion pour réformer son extrait de baptême, se
débarrassa de quelques années; si bien que nous n'étions plus du même
âge, quoique deux ans auparavant, dans un moment où elle n'avait rien de
caché pour moi, elle se fût félicitée d'être née la même année et je
crois aussi le même jour que moi. Ainsi le temps ayant reculé de deux
ans pour elle, tandis qu'il avait avancé de deux ans pour moi, nous nous
trouvions à quatre ans de différence. Comme je la félicitais d'avoir
rajeuni précisément dans la mesure où j'avais vieilli: «Mon ami, me
dit-elle, je compte bien, si cette vilaine loi dure, en profiter tous
les ans pour me rajeunir encore. Savez-vous bien que, dans dix ans,
l'affiche de cette année fera autorité?»