SCÈNE VII

_Les Précédents, excepté FÉLIX, les SOLDATS et le GEÔLIER_

SHÉRIF--Prisonniers, j'ai quelque chose à vous dire. Vous venez de

voir par le châtiment terrible qui vient de frapper deux de vos

compagnons, que le gouvernement de Sa Majesté est déterminé à sévir

avec la dernière rigueur contre ceux qui ont pris part à la récente

révolte. Néanmoins, en ma qualité de greffier de la cour martiale,

je suis autorisé à vous informer que la loi est disposée à agir avec

égard vis-à-vis de ceux qui feront des déclarations qui pourront

nous mettre en état de découvrir les principaux moteurs de la

rébellion.

BÉCHARD--Monsieur le Shérif, c'est une lâcheté que vous venez de

commettre. Est-ce parce que nous sommes dans les fers que vous vous

croyez le droit de nous insulter? Si pour un misérable emploi, vous

avez renoncé à votre beau titre de canadien-français; si pour

quelques vils écus vous vous êtes fait le valet des bourreaux de vos

compatriotes, au moins n'essayez pas de faire rejaillir sur nous la

boue que vous avez au front. Regardez ces honnêtes citoyens. . . .

ils mourront peut-être demain, mais l'avenir les vengera, et tôt ou

tard, vous aussi, vous recevrez ce que vous méritez. En attendant,

si vous n'avez pas eu le courage de les imiter dans leur dévouement,

respectez au moins leur infortune! Chargez-nous de fers,

abreuvez-nous d'outrages, faites-nous souffrir tous les mauvais

traitements, faites tomber nos têtes sur l'échafaud. . . . oui, prenez

notre vie, nous vous laisserons faire. Mais si vous attentez à notre

honneur, halte-là! Allez dire à ceux qui vous envoient que les

traîtres sont dans leurs rangs, et non parmi ceux qui donnent leur

sang pour leur pays. Pour ma part, tant que la corde du bourreau ne

m'aura pas privé du dernier souffle, il me restera toujours assez de

coeur pour crier: Mort aux tyrans et vive la liberté!

LES PRISONNIERS--Vive la liberté!

BÉCHARD--Des traîtres parmi nous! Des traîtres parmi nous! Des

traîtres parmi des patriotes, jamais!

LES PRISONNIERS--Non, non, jamais!

TOINON--Ben, j'pense pas! . . .

LES PRISONNIERS, _chantant avec enthousiasme:_

Mourir pour la patrie (bis),

C'est le sort le plus beau,

Le plus digne d'envie. (bis)

Félix Poutré: Drame historique en quatre actes · 第 39 / 71 题