_Les Précédents, excepté FÉLIX, les SOLDATS et le GEÔLIER_
SHÉRIF--Prisonniers, j'ai quelque chose à vous dire. Vous venez de
voir par le châtiment terrible qui vient de frapper deux de vos
compagnons, que le gouvernement de Sa Majesté est déterminé à sévir
avec la dernière rigueur contre ceux qui ont pris part à la récente
révolte. Néanmoins, en ma qualité de greffier de la cour martiale,
je suis autorisé à vous informer que la loi est disposée à agir avec
égard vis-à-vis de ceux qui feront des déclarations qui pourront
nous mettre en état de découvrir les principaux moteurs de la
rébellion.
BÉCHARD--Monsieur le Shérif, c'est une lâcheté que vous venez de
commettre. Est-ce parce que nous sommes dans les fers que vous vous
croyez le droit de nous insulter? Si pour un misérable emploi, vous
avez renoncé à votre beau titre de canadien-français; si pour
quelques vils écus vous vous êtes fait le valet des bourreaux de vos
compatriotes, au moins n'essayez pas de faire rejaillir sur nous la
boue que vous avez au front. Regardez ces honnêtes citoyens. . . .
ils mourront peut-être demain, mais l'avenir les vengera, et tôt ou
tard, vous aussi, vous recevrez ce que vous méritez. En attendant,
si vous n'avez pas eu le courage de les imiter dans leur dévouement,
respectez au moins leur infortune! Chargez-nous de fers,
abreuvez-nous d'outrages, faites-nous souffrir tous les mauvais
traitements, faites tomber nos têtes sur l'échafaud. . . . oui, prenez
notre vie, nous vous laisserons faire. Mais si vous attentez à notre
honneur, halte-là! Allez dire à ceux qui vous envoient que les
traîtres sont dans leurs rangs, et non parmi ceux qui donnent leur
sang pour leur pays. Pour ma part, tant que la corde du bourreau ne
m'aura pas privé du dernier souffle, il me restera toujours assez de
coeur pour crier: Mort aux tyrans et vive la liberté!
LES PRISONNIERS--Vive la liberté!
BÉCHARD--Des traîtres parmi nous! Des traîtres parmi nous! Des
traîtres parmi des patriotes, jamais!
LES PRISONNIERS--Non, non, jamais!
TOINON--Ben, j'pense pas! . . .
LES PRISONNIERS, _chantant avec enthousiasme:_
Mourir pour la patrie (bis),
C'est le sort le plus beau,
Le plus digne d'envie. (bis)