SCÈNE III

_FÉLIX, LES PRISONNIERS_

FÉLIX--Mes amis, écoutez-moi. Deux hommes irréprochables dans leur

conduite personnelle, deux hommes universellement estimés et

respectés, deux nobles coeurs et deux citoyens dévoués, viennent

de subir le sort des criminels, des voleurs et des meurtriers!

L'affreuse réalité est là devant nos yeux. Deux de nos amis viennent

de nous être arrachés et d'être immolés à des vengeances de partis;

car il y a si peu de crime réel dans une tentative d'insurrection,

que le gouvernement anglais sera tôt ou tard obligé, par la seule

force des choses et de l'opinion, de réhabiliter ces victimes d'une

atrocité presque sans exemple dans l'histoire des peuples. Des

exécutions pour cause purement politique sont, à tous les points

de vue possibles, de vrais meurtres, des cruautés inexcusables, et

le gouvernement qui les ordonne reste plus déshonoré que ceux qui

les subissent. Mais consolez-vous, amis; Cardinal et Duquette, et

tous ceux qui auront l'honneur de les suivre sur l'échafaud seront

toujours regardés comme des martyrs de la liberté, puisqu'ils auront

sacrifié leur vie à leurs convictions, et le procureur général

Ogden, le véritable auteur de ces meurtres, restera pour toujours

cloué au pilori de l'histoire, et voué à l'exécration publique,

pendant que des monuments de sympathie et de deuil national

s'élèveront à ses victimes! Mes amis, admirons le courage stoïque

avec lequel nos compagnons viennent de subir le dernier supplice,

et, s'il nous faut nous soumettre au même sort, jurons tous de

mourir comme eux le front haut et le mot de liberté sur les lèvres.

LES PRISONNIERS, _levant la main_--Nous le jurons!

(_Entrent le Shérif et le Geôlier._)

Félix Poutré: Drame historique en quatre actes · 第 35 / 71 题