_POUTRÉ, FÉLIX, TOINON_
FÉLIX--Allons, c'est donc fini . . . Oh! les traîtres! . . . (_Il
contemple son fusil et l'embrasse._) Adieu, mon fidèle mousquet,
voilà la deuxième fois que tu combats pour la patrie, puisses-tu,
dans des jours meilleurs, être encore le défenseur de la bonne
cause! (_Il suspend son fusil au mur et s'assied tristement._)
TOINON--Mon capitaine . . . sans vous interboliser . . . (_Silence._)
Sus vot' respect, mon capitaine.
FÉLIX--Que me veux-tu?
TOINON--C'est que, mon capitaine . . .
FÉLIX--Au diable avec ton capitaine, qu'est-ce que me veux?
TOINON, _à part_--Ste Anne du Nord! comme il suspèque . . . (_Haut._)
C'est que j'aurais comme manière d'une petite commission . . .
FÉLIX--Qu'est-ce que c'est?
TOINON--Ben, c'est un grand monsieur . . . C'est ben . . . queuque
général, j'crois ben . . . qui m'a dit comme ça: Connais-tu Félix
Poutré?--Le p'tit Félisque au père Poutré, que j'dis, ben
j'penserais . . .--Tu vas aller le trouver, qui me dit.--Ça y est,
que j'dis . . . je vous ai t'y dit qu'y en avait deux générals? . . .
FÉLIX--Vas-tu achever une fois? et ta commission?
TOINON--Ben v'là; tu diras à monsieur Félisque, qui me dit, que
Camel . . .
FÉLIX--Hein?
TOINON--Que Camel est par icitte, épi qui faut que vous mettiez
la main dessus, passeque . . .
FÉLIX--Camel, sorti de prison! . . . C'est impossible.
POUTRÉ--C'est tellement possible qu'il était ici il n'y a pas
une heure.
FÉLIX--Je suis perdu! . . . Cet homme-là a juré ma perte. Je suis déjà
dénoncé, j'en suis sûr.
TOINON--Bon, à c't'heure que ma commission est faite, j'vas aller
serrer le sabre à mon grand-père. A la revue! (_S'en allant._)
C'Camel-là, allez, c'est p'tit! (_Il sort._)