L'impie veut savoir, et c'est là sa perte. Il demande le salut à la
science, il le demande à l'orgueil, il se le demande à lui-même: et du
fond de son intelligence ténébreuse, de sa nature impuissante et
dégradée, sort une réponse de mort. Chrétiens, ne l'oubliez jamais,
_le juste vit de la foi_[724]. Vivez donc de la foi, en vivant de
l'adorable Eucharistie, qui en est la plus forte comme la plus douce
épreuve. Celui _qui est la voie, la vérité, la vie_[725],
Jésus-Christ, fils de Dieu, a parlé; il a dit: _Ceci est mon corps,
ceci est mon sang_[726]. _Le croyez-vous ainsi_[727]? Oui, je le crois
ainsi, Seigneur. _Le ciel et la terre passeront, mais vos paroles ne
passeront point_[728]. Je crois et je confesse que ce qui était du
pain est vraiment votre corps, que ce qui était du vin est vraiment
votre sang. Mon esprit se soumet, et impose silence aux sens révoltés.
_Dieu a tant aimé l'homme qu'il a donné pour lui son fils
unique_[729]: et pour compléter, pour perpétuer à jamais ce grand don,
le Fils aussi se donne à l'homme, tous les jours, à la Table sainte,
réellement et substantiellement. Encore un coup, je crois, Seigneur,
_je crois à l'amour que Dieu a eu pour nous_[730], à l'amour du Père,
à l'amour du Fils; et cet amour infini explique tout, éclaircit tout,
satisfait à tout. Qu'importe que nous comprenions? Ne savons-nous pas
que vos _voies sont impénétrables_[731], _et que celui qui scrute la
majesté sera opprimé par la gloire_[732]? Notre bonheur est de croire
sans comprendre; notre bonheur est de nous plonger les yeux fermés et
de nous perdre dans l'abîme incompréhensible de votre amour. Que la
raison superbe et contentieuse se taise donc: qu'elle cesse d'opposer
insolemment sa faiblesse à votre toute-puissance. À ses doutes, à ses
demandes curieuses, nous n'avons qu'une réponse: _Dieu a tant aimé!_
et cette réponse suffit, et nulle autre ne suffit sans elle. Elle
pénètre comme une vive lumière, au fond du coeur en état de
l'entendre, _du coeur qui croit à l'amour_, qui sait et qui sent ce
que c'est que d'aimer. Vous vous étonnez qu'un Dieu se cache sous les
faibles apparences d'un pain terrestre et corruptible, que le Sauveur
des hommes se soit fait leur aliment; vous hésitez, votre foi
chancelle: c'est que vous n'aimez pas! et vous, âmes croyantes, âmes
fidèles, allez à l'autel avec joie, fermeté, confiance; allez à Jésus,
allez au banquet mystérieux de l'amour. «Et où irions-nous, Seigneur?
Quoi! à la chair et au sang, à la raison, à la philosophie? aux sages
du monde? aux murmurateurs, aux incrédules, à ceux qui sont encore
tous les jours à nous demander: Comment nous peut-il donner sa chair à
manger? comment est-il dans le ciel, si, en même temps, on le mange
sur la terre? Non, Seigneur, nous ne voulons point aller à eux, ni
suivre ceux qui vous quittent. Nous suivrons saint Pierre, et nous
dirons[733]: _Maître, où irions-nous? vous avez les paroles de la vie
éternelle_[734].»
[724] Rom., I, 17.
[725] Joann., XIV, 6.
[726] Matth., XXVI, 26, 28.
[727] Joann., XI, 26.
[728] Matth., XXIV, 35.
[729] Joann., III, 16.
[730] I. Joan., IV, 16.
[731] Rom., XI, 33.
[732] Prov., XXV, 27.
[733] Joann., VI, 60.
[734] Bossuet.