1. Qui me donnera, Seigneur, de vous trouver seul, et de vous ouvrir
tout mon coeur, et de jouir de vous comme mon âme le désire; de sorte
que je ne sois plus pour personne un objet de mépris, et, qu'étranger à
toute créature, vous me parliez seul, et moi à vous, comme un ami parle
à son ami, et s'assied avec lui à la même table?
Ce que je demande, ce que je désire, c'est d'être uni tout entier à
vous, que mon coeur se détache de toutes les choses créées, et que, par
la sainte Communion et la fréquente célébration des divins mystères,
j'apprenne à goûter les choses du ciel et de l'éternité.
Ah! Seigneur mon Dieu, quand, m'oubliant tout à fait moi-même, serai-je
parfaitement uni à vous, et absorbé en vous?
Que je sois en vous, et vous en moi, et que cette union soit
inaltérable!
2. Vous êtes vraiment mon bien-aimé, _choisi entre mille_[691], en qui
mon âme se complaît, et veut demeurer à jamais.
[691] Cant., V, 10.
Vous êtes _le Roi pacifique_[692]; en vous est la paix souveraine et le
vrai repos; hors de vous, il n'y a que travail, douleur, misère infinie.
[692] I. Paralip., XXII, 9.
_Vous êtes vraiment un Dieu caché_; vous vous éloignez des impies, mais
_vous aimez à converser avec les humbles et les simples_[693].
[693] Is., XIV, 15. Prov., III, 32.
_Oh! que votre tendresse est touchante, Seigneur, vous qui, pour montrer
à vos enfants tout votre amour, daignez les rassasier d'un pain
délicieux qui descend du ciel_[694]!
[694] Offic. du S. Sacrem.
Certes, _nul autre peuple, quelque grand qu'il soit, n'a des dieux qui
s'approchent de lui_[695], comme vous, mon Dieu; vous vous rendez
présent à tous vos fidèles, vous donnant vous-même à eux chaque jour,
pour être leur nourriture, et pour qu'ils jouissent de vous, afin de les
consoler et d'élever leur coeur vers le ciel.
[695] Deut., IV, 7.
3. Quel est le peuple, en effet, comparable au peuple chrétien? quelle
est, sous le ciel, la créature aussi chérie que l'âme fervente en qui
Dieu daigne entrer pour la nourrir de sa chair glorieuse?
Ô faveur ineffable! ô condescendance merveilleuse! ô amour infini, qui
n'a été montré qu'à l'homme!
Mais que rendrai-je au Seigneur pour cette grâce, pour cette immense
charité?
Je ne puis rien offrir à mon Dieu qui lui soit plus agréable, que de lui
donner mon coeur sans réserve, et de m'unir intimement à lui.
Alors mes entrailles tressailliront de joie, lorsque mon âme sera
parfaitement unie à Dieu.
Alors il me dira: Si vous voulez être avec moi, je veux être avec vous.
Et je lui répondrai: Daignez demeurer avec moi, Seigneur; je désire
ardemment d'être avec vous. Tout mon désir est que mon coeur vous soit
uni.