Qu'est-ce que la terre? Un lieu d'exil, _une vallée de larmes_, comme
l'appelle l'Église. L'homme y cherche dans les ténèbres la vérité, qui
est la vie de son intelligence; il y cherche, au milieu de maux sans
nombre, un bien, il ne sait quel bien, immense, inépuisable, éternel,
qui est la vie de son coeur: et tout ce qu'il cherche lui échappe. Le
doute, l'opinion, l'erreur, fatiguent sa raison épuisée. Ce qu'il a
cru des biens se change en amertume. Il trouve au fond de tout le vide
et l'ennui. Est-il seul, son âme retombe avec douleur sur elle-même:
il a besoin de support, et malheur à lui s'il met sa confiance dans
les autres hommes! Ils se masquent pour le surprendre, ils profanent
pour le tromper le nom d'ami: tandis que leur bouche lui sourit, ils
lui tendent des piéges dans l'ombre, et quand à force de ruses, de
mensonges et de basses noirceurs, ils l'ont enveloppé de leurs rets,
tout à coup, se dévoilant, ils se ruent sur lui et le dévorent, comme
l'hyène dévore sa proie. Lamentable condition! Mais Dieu n'a pas
abandonné sa pauvre créature dans ces extrémités de la misère. Il
l'éclaire par sa parole, il la soutient par sa grâce, il l'anime, il
la console par la foi d'une vie meilleure, par l'espérance de
posséder, après ces jours d'épreuve, le bien auquel elle aspire, le
bien infini, qui est lui-même. Et ces dons merveilleux d'un amour
inénarrable, rassemblés, concentrés, en quelque sorte, dans la divine
Eucharistie, y sont offerts à nos désirs sans autre mesure que ces
désirs mêmes. Toutes les fois que nous approchons de cet auguste
Sacrement, nous recevons en nous la Sagesse, la Lumière incréée, le
Verbe de Dieu, la Parole vivante; nous recevons l'Auteur de la grâce,
le Consommateur de la foi, le gage immortel de notre espérance: la
chair crucifiée pour nous s'incorpore à notre chair, le sang qui a
sauvé le monde se mêle à notre sang; un saint baiser unit notre âme à
l'âme du Rédempteur; sa Divinité nous pénètre, et consume en nous tout
ce que le péché avait corrompu: l'ami fidèle repose dans notre sein,
il nous parle, il nous dit: _Pose-moi comme un sceau sur ton coeur;
car l'amour est plus fort que la mort_[681]: et alors, embrasés de cet
_amour ardent comme le feu_[682], nous ne voyons plus que le
bien-aimé, nous n'avons plus de vie que la sienne, et la tristesse de
notre pèlerinage s'évanouit dans les joies du Ciel.
[681] Cant., VIII, 6.
[682] _Ibid._