1. Seigneur Jésus, quelles délices inondent l'âme fidèle admise à votre
Table, où on ne lui présente d'autre aliment que vous-même, son unique
bien-aimé, le plus cher objet de ses désirs!
Oh! qu'il me serait doux de répandre en votre présence des pleurs
d'amour, et d'arroser vos pieds de mes larmes comme Magdeleine!
Mais où est cette tendre piété, et cette abondante effusion de larmes
saintes?
Certes, en votre présence et celle des saints Anges, tout mon coeur
devrait s'embraser et se fondre de joie.
Car vous m'êtes véritablement présent dans votre Sacrement, quoique
caché sous des apparences étrangères.
2. Mes yeux ne pourraient supporter l'éclat de votre divine lumière, et
le monde entier s'évanouirait devant la splendeur de votre gloire.
C'est donc pour ménager ma faiblesse que vous vous cachez sous les
voiles du Sacrement.
Je possède réellement et j'adore celui que les anges adorent dans le
ciel: mais je ne le vois encore que par la foi, tandis qu'ils le voient
tel qu'il est et sans voile!
Il faut que je me contente de ce flambeau de la vraie foi, et que je
marche à sa lumière, _jusqu'à ce que luise l'aurore du jour éternel, et
que les ombres des figures déclinent_[677].
[677] Cant., II, 17.
Mais _quand ce qui est parfait sera venu_[678], l'usage des Sacrements
cessera, parce que les bienheureux, dans la gloire céleste, n'ont plus
besoin de secours.
[678] Cor., XIII, 10.
Ils se réjouissent sans fin dans la présence de Dieu, et contemplent sa
gloire face à face; pénétrés de sa lumière et comme plongés dans l'abîme
de sa divinité, ils goûtent le Verbe de Dieu fait chair, tel qu'il était
au commencement et tel qu'il sera durant toute l'éternité.
3. Qu'au souvenir de ces merveilles, tout me soit un pesant ennui, même
les consolations spirituelles! car tandis que je ne verrai point le
Seigneur mon Dieu dans l'éclat de sa gloire, tout ce que je vois, tout
ce que j'entends en ce monde ne m'est rien.
Vous m'êtes témoin, Seigneur, que je ne trouve nulle part de
consolation, de repos en nulle créature; je ne puis en trouver qu'en
vous seul, mon Dieu, que je désire contempler éternellement.
Mais cela ne peut être tant que je vivrai dans ce corps mortel.
Il faut donc que je me prépare à une grande patience, et que je soumette
à votre volonté tous mes désirs.
Car vos Saints, Seigneur, qui, ravis d'allégresse, règnent maintenant
avec vous dans le ciel, ont aussi, pendant qu'ils vivaient, attendu avec
une grande foi et une grande patience l'avénement de votre gloire.
Je crois ce qu'ils ont cru; ce qu'ils ont espéré, je l'espère; j'ai la
confiance de parvenir, aidé de votre grâce, là où ils sont parvenus.
Jusque-là, je marcherai dans la foi, fortifié par leurs exemples.
J'aurai aussi les Livres saints pour me consoler et m'instruire, et
par-dessus tout votre sacré Corps, pour remède et pour refuge.
4. Car je sens que deux choses me sont ici-bas souverainement
nécessaires, et que sans elles je ne pourrais porter le poids de cette
misérable vie.
Enfermé dans la prison du corps, j'ai besoin d'aliments et de lumière.
C'est pourquoi vous avez donné à ce pauvre infirme votre chair sacrée,
pour être la nourriture de son âme et de son corps, et _votre parole
pour luire comme une lampe devant ses pas_[679].
[679] Ps. CXVIII, 105.
Je ne pourrais vivre sans ces deux choses: car la parole de Dieu est la
lumière de l'âme, et votre Sacrement le pain de vie.
On peut encore les regarder comme deux tables placées dans les trésors
de l'Église.
L'une est la table de l'autel sacré, sur lequel repose un pain
sanctifié, c'est-à-dire le Corps précieux de Jésus-Christ.
L'autre est la table de la loi divine, qui contient la doctrine sainte,
qui enseigne la vraie foi, qui soulève le voile du sanctuaire, et nous
conduit avec sûreté jusque dans le Saint des saints.
Je vous rends grâces, Seigneur Jésus, lumière de l'éternelle lumière, de
nous avoir donné, par le ministère des prophètes, des apôtres et des
autres docteurs, cette table de la doctrine sainte.
5. Je vous rends grâces, ô Créateur et Rédempteur des hommes, de ce
qu'afin de manifester votre amour au monde, vous avez préparé un grand
festin, où vous nous offrez pour nourriture, non l'agneau figuratif,
mais votre très-saint Corps et votre Sang.
Dans ce sacré banquet, que partagent avec nous les Anges, mais dont ils
goûtent plus vivement la douceur, vous comblez de joie tous les fidèles,
et vous les enivrez du calice du salut, qui contient toutes les délices
du ciel.
6. Oh! qu'elles sont grandes, qu'elles sont glorieuses les fonctions des
prêtres, à qui il a été donné de consacrer le Dieu de majesté par des
paroles saintes, de le bénir de leurs lèvres, de le tenir entre leurs
mains, de le recevoir dans leur bouche, et de le distribuer aux autres
hommes!
Oh! qu'elles doivent être innocentes les mains du prêtre, que sa bouche
doit être pure, son corps saint et son âme exempte des plus légères
taches, pour recevoir si souvent l'Auteur de la pureté!
Il ne doit sortir rien que de saint, rien que d'honnête, rien que
d'utile, de la bouche du prêtre qui participe si fréquemment au
Sacrement de Jésus-Christ.
7. Qu'ils soient simples et chastes les yeux qui contemplent
habituellement le Corps de Jésus-Christ. Qu'elles soient pures et
élevées au ciel, les mains qui touchent sans cesse le Créateur du ciel
et de la terre.
C'est aux prêtres surtout qu'il est dit dans la Loi: _Soyez saints,
parce que je suis saint, moi le Seigneur votre Dieu_[680].
[680] Lev., XIX, 2; XX, 7.
8. Que votre grâce nous aide, ô Dieu tout-puissant, nous qui avons été
revêtus du sacerdoce, afin que nous puissions vous servir dignement,
avec une vraie piété et une conscience pure.
Et si nous ne pouvons vivre dans une innocence aussi parfaite que nous
le devrions, accordez-nous du moins de pleurer sincèrement nos fautes,
et de former, en esprit d'humilité, la ferme résolution de vous servir
désormais avec plus de ferveur.