1. Je viens à vous, Seigneur, pour jouir de votre don, et goûter la joie
du banquet sacré _que, dans votre tendresse, vous avez, mon Dieu,
préparé pour le pauvre_[608].
[608] Ps. LXVII, 11.
En vous est tout ce que je puis, tout ce que je dois désirer; vous êtes
mon salut et ma rédemption, mon espérance et ma force, mon honneur et ma
gloire.
Réjouissez donc aujourd'hui l'âme de votre serviteur, _parce que j'ai
élevé mon âme vers vous_[609], Seigneur Jésus.
[609] Ps. LXXXV, 3.
Je désire maintenant vous recevoir avec un respect plein d'amour; je
désire que vous entriez dans ma maison, pour mériter d'être béni de vous
comme Zachée, et d'être compté parmi les enfants d'Abraham.
Votre corps, voilà l'objet auquel mon âme aspire; mon coeur brûle d'être
uni à vous.
2. Donnez-vous à moi, et ce don me suffit: car sans vous, rien ne me
console.
Je ne puis être sans vous, et je ne saurais vivre si vous ne venez à
moi.
Il faut donc que je m'approche de vous souvent, et que je vous reçoive
comme le soutien de ma vie, de peur que, privé de cette céleste
nourriture, je ne tombe de défaillance dans le chemin.
C'est ainsi, miséricordieux Jésus, que, prêchant aux peuples, et les
guérissant de diverses langueurs, vous dites un jour: _Je ne veux pas
les renvoyer à jeun dans leurs maisons, de peur que les forces ne leur
manquent en route_[610].
[610] Matth., XV, 32.
Daignez donc en user de la même manière avec moi, vous qui avez voulu
demeurer dans votre Sacrement pour la consolation des fidèles.
Car vous êtes le doux aliment de l'âme; et celui qui vous mange
dignement aura part à l'héritage de la gloire éternelle.
Combien il m'est nécessaire, à moi qui tombe et pèche si souvent, qui me
laisse aller si vite à la tiédeur, au découragement, de me renouveler,
de me purifier, de me ranimer, par des prières et des confessions
fréquentes, et par la réception de votre corps sacré; de peur que, m'en
abstenant trop longtemps, je n'abandonne mes résolutions.
3. Car _les penchants de l'homme l'inclinent au mal dès l'enfance_[611];
et s'il n'est soutenu par ce remède divin, il s'y enfonce de plus en
plus.
[611] Gen., VIII, 21.
La sainte Communion retire du mal, et fortifie dans le bien.
Si donc je suis maintenant si souvent négligent et tiède, quand je
communie ou que je célèbre le saint Sacrifice, que serait-ce si je
renonçais à cet aliment salutaire, et si je me privais de ce secours
puissant?
Ainsi, quoique je ne sois pas tous les jours assez bien disposé pour
célébrer les divins mystères, j'aurai soin cependant d'en approcher aux
temps convenables, et de participer à une grâce si grande.
Car c'est la principale consolation de l'âme fidèle, _tandis qu'elle
voyage loin de vous dans un corps mortel_[612], de se souvenir souvent
de son Dieu, et de recevoir son bien-aimé dans un coeur embrasé d'amour.
[612] I. Cor., V, 6.
4. Ô prodige de votre tendresse pour nous! Vous, Seigneur mon Dieu, qui
donnez l'être et la vie à tous les esprits, vous daignez venir à une
pauvre âme misérable, et avec votre divinité et votre humanité tout
entière, rassasier sa faim!
Ô heureuse, mille fois heureuse l'âme qui peut vous recevoir dignement,
vous son Seigneur et son Dieu, et goûter avec plénitude la joie de votre
présence!
Ô qu'il est grand le Seigneur qu'elle reçoit! qu'il est aimable l'hôte
qu'elle possède! que le compagnon, l'ami qui se donne à elle, est doux
et fidèle! que l'époux qu'elle embrasse est beau! qu'il est noble et
digne d'être aimé par-dessus tout ce qu'on peut aimer, et tout ce qu'il
y a de désirable!
Que le ciel et la terre, dans leur parure magnifique, se taisent devant
vous, ô mon bien-aimé! car tout ce qu'on admire de beau en eux, ils le
tiennent de vous, _dont la sagesse n'a point de bornes_[613], et jamais
ils n'approcheront de votre beauté souveraine.
[613] Ps. CXLVI, 5.