RÉFLEXION.

L'Apôtre saint Jean, ravi en esprit dans la Jérusalem céleste, vit, au

milieu du trône de Dieu, un Agneau comme égorgé, et autour de lui les

sept esprits que Dieu envoie par toute la terre, et vingt-quatre

vieillards; et ces vieillards se prosternèrent devant l'Agneau, tenant

dans leurs mains des harpes et des coupes pleines de parfums, qui sont

les prières des saints: et ils chantaient un cantique nouveau à la

louange de celui qui a été mis à mort, et qui nous a rachetés pour

Dieu, de toute tribu, de toute langue, de tout peuple, et de toute

nation: et des myriades d'anges élevaient leurs voix, et disaient:

L'Agneau qui a été égorgé est digne de recevoir puissance, dignité,

sagesse, force, honneur, gloire et bénédiction! et toutes les

créatures qui sont dans le ciel, sur la terre, sous la terre, et dans

la mer, et tout ce qui est dans ces lieux, disaient: À celui qui est

assis sur le trône et à l'Agneau, bénédiction, honneur, gloire et

puissance dans les siècles des siècles[604]! Voici maintenant un autre

spectacle. Ce même agneau qui reçoit, sur son trône éternel,

l'adoration des anges et des saints, et qu'environne toute la gloire

des Cieux, _vient à nous plein de douceur_[605], et, voilé sous les

apparences d'un peu de pain, il se donne à ses pauvres créatures, pour

sanctifier notre âme, pour la nourrir, et notre corps même, par

l'union substantielle de sa chair à notre chair, de son sang à notre

sang, s'incarnant, si on peut le dire, de nouveau en chacun de nous,

et y accomplissant, d'une manière incompréhensible, en se communiquant

à nous selon tout ce qu'il est, le grand sacrifice de la Croix. Ô

Christ, fils du Dieu vivant, que vos voies sont merveilleuses! et qui

m'en développera le mystère impénétrable? Si je monte jusqu'au Ciel,

je vous y vois dans le sein du Père, tout éclatant de sa splendeur. Si

je redescends sur la terre, je vous y vois aussi dans le sein de

l'homme pécheur, indigent, misérable; attiré en quelque sorte et fixé

par l'amour, aux deux termes extrêmes de ce qui peut être conçu, dans

l'infini de la grandeur et dans l'infini de la bassesse; et comme si

ce n'était pas assez de venir à cet être déchu quand il vous désire,

quand il vous appelle, vous l'appelez vous-même le premier, vous

l'appelez avec instance, vous lui dites: _Venez, venez à moi, vous

tous qui souffrez, et je vous soulagerai_[606]: _venez, j'ai désiré

d'un grand désir de manger cette Pâque avec vous_[607]. C'en est trop,

Seigneur, c'en est trop; souvenez-vous qui vous êtes: ou plutôt

faites, mon Dieu, que je ne l'oublie jamais, et que je m'approche de

vous comme les anges eux-mêmes s'en approchent, en tremblant de

respect, avec un coeur rempli du sentiment de son indignité, pénétré

de vos miséricordes et embrasé de ce même amour inépuisable, immense,

éternel, qui vous porte à descendre jusqu'à lui!

[604] Apoc., V.

[605] Matth., XXI, 5.

[606] Matth., XI, 28.

[607] Luc., XXII, 15.

L'imitation de Jésus-Christ Traduction nouvelle avec des réflexions à la fin de chaque chapitre · 第 284 / 453 题