Vous vous inclinez vers moi, qui ne suis pas digne de lever les yeux sur
vous.
Vous venez à moi, vous voulez être avec moi, vous m'invitez à votre
table. Vous voulez me donner à manger un aliment céleste, le pain des
Anges, qui n'est autre que vous-même, _ô pain vivant, qui êtes descendu
du ciel, et qui donnez la vie au monde_[602]!
[602] Joann., VI, 48, 50, 54.
4. Voilà la source de l'amour et le triomphe de votre miséricorde. Que
ne vous doit-on pas d'actions de grâces et de louanges pour ce bienfait!
Ô salutaire dessein que celui que vous conçûtes d'instituer votre
Sacrement! ô doux et délicieux banquet, où vous vous donnâtes vous-même
pour nourriture!
Que vos oeuvres sont admirables, Seigneur! que votre puissance est
grande! que votre vérité est ineffable!
_Vous avez dit, et tout a été fait_[603], et rien n'a été fait que ce
que vous avez ordonné.
[603] Ps. CXLVIII, 5.
5. Chose merveilleuse, que nul homme ne saurait comprendre, mais que
tous doivent croire; que vous, Seigneur mon Dieu, vrai Dieu et vrai
homme, vous soyez contenu tout entier sous la moindre partie des espèces
du pain et du vin, et que, sans être consumé, vous soyez mangé par celui
qui vous reçoit.
Souverain maître de l'univers, vous qui, n'ayant besoin de personne,
avez cependant voulu habiter en nous par votre Sacrement: conservez sans
tache mon âme et mon corps, afin que je puisse plus souvent célébrer vos
saints mystères, avec la joie d'une conscience pure, et recevoir pour
mon salut éternel ce que vous avez institué principalement pour votre
gloire, et pour perpétuer à jamais le souvenir de votre amour.
6. Réjouis-toi, mon âme, et rends grâces à Dieu d'un don si magnifique,
d'une si ravissante consolation, qu'il t'a laissée dans cette vallée de
larmes.
Car toutes les fois qu'on célèbre ce mystère, et qu'on reçoit le corps
de Jésus-Christ, l'on consomme soi-même l'oeuvre de sa rédemption, et on
participe à tous les mérites du Christ.
Car la charité de Jésus-Christ ne s'affaiblit jamais, et jamais sa
propitiation infinie ne s'épuise.
Vous devez donc toujours vous disposer à cette action sainte par un
renouvellement d'esprit, et méditer attentivement ce grand mystère de
salut.
Lorsque vous célébrez le divin sacrifice, ou que vous y assistez, il
doit vous paraître aussi grand, aussi nouveau, aussi digne d'amour que
si, ce jour là-même, Jésus-Christ descendant pour la première fois dans
le sein de la Vierge, se faisait homme, ou que, suspendu à la croix, il
souffrît et mourût pour le salut des hommes.