Tout ce qu'offrait de plus grand, de plus imposant, de plus saint, le
culte de l'ancienne alliance, n'était qu'une légère ombre des mystères
de l'Homme-Dieu. David célèbre avec pompe le retour de l'arche à
Jérusalem: mais cette arche était vide, elle ne renfermait pas le
Sauveur du genre humain. Salomon bâtit un temple magnifique; il en
fait, en présence du peuple saisi de respect, la dédicace solennelle;
des victimes sans nombre sont immolées; mais ces victimes, qu'est-ce?
de vils animaux dont le sang ne peut apaiser la souveraine Justice. Le
monde demeurait dans l'attente du salut annoncé, lorsque voilà qu'au
moment prédit, s'accomplissent _les promesses aperçues et saluées de
loin par les Patriarches, durant leur pèlerinage sur la terre_[580].
_Le désiré des nations_[581], _le Dominateur, l'Ange de
l'alliance_[582], _celui dont le nom est JEHOVAH_[583], _vient dans
son temple_[584], et le vrai sacrifice de propitiation remplace à
jamais les sacrifices figuratifs[585]. Au fond du tabernacle, sous les
voiles du sanctuaire repose l'Hostie toujours vivante, l'_Agneau de
Dieu, qui ôte le péché du monde_[586]. Le même _qui est assis à la
droite du Père_[587], est là présent, et sa voix nous appelle: _Prenez
et mangez, ceci est mon corps: buvez, ceci est mon sang, le sang de la
nouvelle alliance, répandu pour la rémission des péchés_[588].
_Mangez, ô mes amis: buvez, enivrez-vous, mes bien-aimés_[589]! _vous
tous qui avez soif, venez à la source_[590] _dont les eaux
rejaillissent dans l'éternelle vie_[591]. Ceux qui, refusant de se
désaltérer à cette source pure, s'en vont cherchant à l'écart _des
eaux furtives_[592], Dieu leur _prépare un breuvage assoupissant, et
leurs yeux se ferment. Dans ce sommeil, il leur semble qu'ils ont faim
et qu'ils mangent, et au réveil leur âme est vide. Altérés, ils rêvent
qu'ils boivent, et ils se réveillent pleins de lassitude, et ils ont
encore soif, et leur âme est vide[593]. Venez donc: je suis le pain de
vie; celui qui vient à moi n'aura jamais faim, et celui qui croit en
moi n'aura jamais soif_[594]. _Qui mange ma chair et boit mon sang a
la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour_[595].
Seigneur, je crois et j'adore: mon âme, haletante de désir, s'élance
vers vous; et puis soudain une grande frayeur l'arrête: car, hélas!
que suis-je pour oser m'approcher de mon Dieu? Quand je considère mes
souillures, ma bassesse, ma misère profonde, je n'ai plus qu'un
sentiment, qu'une parole: _Retirez-vous de moi, parce que je suis un
homme pécheur[596]. Cependant, ô Jésus, ce sont les pécheurs que vous
êtes venu appeler, et non pas les justes_[597]. Et c'est pourquoi,
frappant ma poitrine et implorant votre miséricorde, _je me lèverai et
j'irai_[598]: j'irai avec une vive foi, avec un ardent amour, vers _le
Fils_, le Verbe, _splendeur de la gloire de Dieu, et figure de sa
substance_[599], vers le Sauveur divin _qui nous purifie de nos
péchés_[600], qui s'incorpore à sa créature, pour l'élever jusqu'à
lui; j'irai, et je dirai: _Seigneur, je ne suis pas digne que vous
entriez en moi; mais dites seulement un mot, et mon âme sera
guérie_[601].
[580] Hebr., XI, 3.
[581] Agg., II, 8.
[582] Malach., III, 1.
[583] Jér., XXIII, 6.
[584] Malach., III, 1.
[585] _Ibid._ 3.
[586] Joann., I, 29.
[587] Ps. CIX, 1. Hebr., I, 3.
[588] Matth., XXVI, 27, 28.
[589] Cant., V, 1.
[590] Is., LV, 1
[591] Joann., IV, 14.
[592] Prov., IX, 17.
[593] Is., XXIX, 10, 8.
[594] Joann., VI, 35.
[595] _Ibid._, 55.
[596] Luc., V, 8.
[597] Matth., IX, 13.
[598] Luc., XV, 18.
[599] Hebr., I, 3.
[600] _Ibid._
[601] Matth., VIII, 8.