VOIX DU DISCIPLE.

1. LE F. Ce sont là vos paroles, ô Jésus, vérité éternelle! quoiqu'elles

n'aient pas été dites dans le même temps, et qu'elles ne soient pas

écrites dans le même lieu.

Et puisqu'elles viennent de vous, et qu'elles sont véritables, je dois

les recevoir toutes avec une foi pleine de reconnaissance.

Elles sont de vous, car c'est vous qui les avez dites; mais elles sont

aussi à moi, parce que vous les avez dites pour mon salut.

Je les reçois avec joie de votre bouche, afin qu'elles se gravent

profondément dans mon coeur.

Ces paroles pleines de tant de bonté, de tendresse et d'amour,

m'animent; mais la pensée de mes crimes m'effraie, et ma conscience

impure m'éloigne d'un mystère si saint.

La douceur de vos paroles m'attire, mais le poids de mes péchés me

retient.

2. Vous m'ordonnez d'aller à vous avec confiance, si je veux _avoir part

avec vous_; et de me nourrir du pain de l'immortalité, si je veux

obtenir la vie et la gloire éternelle.

Venez, dites-vous, _venez à moi vous tous qui souffrez et qui êtes

oppressés, et je vous ranimerai_[577].

[577] Matth., XI, 28.

Ô douce et aimable parole à l'oreille d'un pécheur! vous invitez,

Seigneur mon Dieu, le pauvre et l'indigent à la participation de votre

corps sacré.

Mais qui suis-je, Seigneur, pour oser m'approcher de vous?

_Voilà que les Cieux des cieux ne peuvent vous contenir_[578], et vous

dites: _Venez tous à moi_.

[578] I. Reg., VIII, 27.

3. D'où vient cette miséricordieuse condescendance, une si tendre

invitation?

Comment oserai-je aller à vous, moi qui ne sens en moi-même aucun bien

qui puisse me donner quelque confiance?

Comment vous recevrai-je en ma maison, moi qui ai si souvent outragé

votre bonté?

Les Anges et les Archanges vous adorent en tremblant, les Saints et les

Justes sont saisis de frayeur; et vous dites: _Venez tous à moi!_

Si ce n'était vous qui le dites, Seigneur, qui pourrait le croire?

Et si vous n'ordonniez vous-même d'approcher de vous, qui en aurait

l'audace?

4. Noé, cet homme juste, travailla cent ans à construire l'arche, pour

se sauver avec peu de personnes: et moi, comment pourrai-je, en une

heure, me préparer à recevoir dignement le Créateur du monde?

Moïse, le plus grand de vos serviteurs, pour qui vous étiez comme un

ami, fit une arche d'un bois incorruptible, qu'il revêtit d'un or

très-pur, afin d'y déposer les tables de la loi: et moi, vile créature,

j'oserai recevoir si facilement le fondateur de la loi et l'auteur de la

vie?

Salomon, le plus sage des rois d'Israël, employa sept ans à élever un

temple magnifique à la gloire de votre nom: il célébra, pendant huit

jours, la fête de sa dédicace; il offrit mille hosties pacifiques, et,

au son des trompettes, au milieu des cris de joie, il plaça

solennellement l'arche d'alliance dans le lieu qui lui était préparé.

Et moi, misérable que je suis et le plus pauvre des hommes, comment vous

introduirai-je dans ma maison, moi qui sais à peine employer pieusement

une demi-heure? Et plût à Dieu que j'eusse une seule fois employé

dignement un moindre temps encore!

5. Ô mon Dieu, que n'ont point fait ces saints hommes pour vous plaire,

et combien, hélas! ce que je fais est peu! combien est court le temps

que je consacre à me préparer à la communion!

Rarement suis-je bien recueilli; plus rarement suis-je libre de toute

distraction.

Et certes, en votre divine et salutaire présence, nulle pensée profane

ne devrait s'offrir à mon esprit, nulle créature ne devrait l'occuper:

car ce n'est pas un ange, mais le Seigneur des anges que je dois

recevoir en moi.

6. Quelle distance infinie d'ailleurs entre l'arche d'alliance avec ce

qu'elle renfermait, et votre corps très-pur avec ses ineffables vertus;

entre les sacrifices de la loi, figure du sacrifice à venir, et la

véritable hostie de votre corps, accomplissement de tous les anciens

sacrifices!

7. Pourquoi donc ne suis-je pas plus enflammé en votre adorable

présence?

Pourquoi n'ai-je pas soin de me mieux préparer à la participation de vos

saints mystères; lorsque ces antiques patriarches, ces saints prophètes,

et ces rois, et ces princes avec tout leur peuple, ont montré tant de

zèle pour le culte divin?

8. David, ce roi si pieux, fit éclater ses transports par des danses

religieuses devant l'arche, se souvenant des bienfaits que Dieu avait

répandus sur ses pères; il fit faire divers instruments de musique, il

composa des psaumes que le peuple chantait avec allégresse, selon ce

qu'il avait ordonné, et, animé de l'Esprit saint, souvent il les chanta

lui-même sur sa harpe; il apprit aux enfants d'Israël à louer Dieu de

tout leur coeur, et à unir chaque jour leurs voix pour le célébrer et le

bénir.

Si la vue de l'arche d'alliance inspirait tant de ferveur, tant de zèle

pour les louanges de Dieu, quel respect, quel amour ne doit pas

m'inspirer, et à tout le peuple chrétien, la présence de votre

sacrement, ô Jésus, et la réception de votre corps adorable?

9. Plusieurs courent en divers lieux pour visiter les reliques des

Saints; ils écoutent avidement le récit de leurs actions; ils admirent

les vastes temples bâtis en leur honneur, et baisent leurs os sacrés,

enveloppés dans l'or et la soie.

Et voilà que vous-même, ô mon Dieu, vous êtes ici présent devant moi sur

l'autel, vous, le Saint des saints, le Créateur des hommes, le Roi des

anges!

Souvent c'est la curiosité, le désir de voir des choses nouvelles, qui

fait entreprendre ces pèlerinages; et de là vient que, guidé par ce

motif frivole, sans véritable contrition, on en tire peu de fruit pour

la réforme des moeurs.

Mais ici, dans le sacrement de l'autel, vous êtes présent tout entier, ô

Christ Jésus, vrai Dieu et vrai homme; et toutes les fois qu'on vous

reçoit dignement et avec ferveur, on recueille en abondance les fruits

du salut éternel.

Ce n'est pas la légèreté, ni la curiosité, ni l'attrait des sens, qui

conduit à ce banquet sacré; mais une foi ferme, une vive espérance, une

charité sincère.

10. Ô Dieu créateur invisible du monde, que vous êtes admirable dans ce

que vous faites pour nous! avec quelle bonté, quelle tendresse vous

veillez sur vos élus, vous donnant vous-même à eux pour nourriture dans

votre Sacrement!

C'est là ce qui surpasse toute intelligence; ce qui, plus qu'aucune

autre chose, attire à vous les coeurs pieux et enflamme leur amour.

Car vos vrais fidèles, occupés toute leur vie de se corriger, puisent

dans la fréquente réception de cet auguste Sacrement une merveilleuse

ferveur et un zèle ardent pour la vertu.

11. Ô grâce admirable et cachée du Sacrement, connue des seuls fidèles

serviteurs de Jésus-Christ! car les serviteurs infidèles, asservis au

péché, ne peuvent en ressentir l'influence.

La grâce de l'Esprit saint est donnée dans ce Sacrement; il répare les

forces de l'âme, et lui rend sa beauté première, que le péché avait

effacée.

Telle est quelquefois la puissance de cette grâce et la ferveur qu'elle

inspire, que non-seulement l'esprit, mais le corps languissant, en

reçoit une vigueur nouvelle.

12. Et c'est pourquoi nous devons déplorer avec amertume la tiédeur et

la négligence qui affaiblissent en nous le désir de recevoir

Jésus-Christ, unique espérance des élus et leur seul mérite.

Car c'est lui qui nous sanctifie et qui nous a rachetés; il est la

consolation de ceux qui voyagent sur la terre, et l'éternelle félicité

des Saints.

Combien donc ne doit-on pas gémir de ce que plusieurs montrent tant

d'indifférence pour ce sacré mystère, qui est la joie du ciel et le

salut du monde!

Ô aveuglement! ô dureté du coeur humain, d'être si peu touché de ce don

ineffable, qui semble perdre de son prix à mesure qu'on en use

davantage!

13. Si cet adorable Sacrement ne s'accomplissait qu'en un seul lieu, et

qu'un seul prêtre, dans le monde entier, consacrât l'hostie sainte, avec

quelle ardeur les hommes n'accourraient-ils pas en ce lieu, vers ce

prêtre unique, pour voir célébrer les saints mystères?

Mais il y a plusieurs prêtres, et le Christ est offert en plusieurs

lieux, afin que la miséricorde et l'amour de Dieu pour l'homme éclatent

d'autant plus, que la sainte communion est plus répandue dans le monde.

Je vous rends grâces, ô Jésus, pasteur éternel, qui, dans notre exil et

notre indigence, daignez nous nourrir de votre corps et de votre sang

précieux, et nous inviter, de votre propre bouche, à la participation de

ces sacrés mystères, disant: _Venez à moi, vous tous qui portez votre

fardeau avec travail, et je vous soulagerai_[579].

[579] Matth., XI, 28.

L'imitation de Jésus-Christ Traduction nouvelle avec des réflexions à la fin de chaque chapitre · 第 279 / 453 题