Qu'on ne doit point se laisser trop abattre quand on tombe en quelques
fautes.
1. J.-C. Mon fils, la patience et l'humilité dans les traverses me
plaisent plus que beaucoup de joie et de ferveur dans la prospérité.
Pourquoi vous attrister d'une faute légère qu'on vous attribue? fût-elle
plus grave, vous ne devriez pas en être ému.
Laissez donc tomber cela; ce n'est pas une chose nouvelle, ni la
première fois que vous l'éprouvez, et ce ne sera pas la dernière, si
vous vivez longtemps.
Vous avez assez de courage quand il ne vous arrive rien de fâcheux.
Vous savez même conseiller bien les autres, et les fortifier par vos
discours; mais lorsqu'il vous survient une affliction soudaine, vous
manquez de conseil et de force.
Considérez votre extrême fragilité, dont vous avez si souvent
l'expérience dans les plus petites choses: et toutefois Dieu le permet
ainsi pour votre salut.
2. Bannissez de votre coeur, autant que vous le pourrez, tout ce qui le
trouble. A-t-il été surpris, qu'il ne se laisse point abattre, mais
qu'il se dégage sur-le-champ.
Souffrez au moins avec patience, si vous ne pouvez souffrir avec joie.
Lorsque vous êtes peiné d'entendre certaines choses, et que vous en
ressentez de l'indignation, modérez-vous, et veillez à ce qu'il ne vous
échappe aucune parole trop vive qui scandalise les faibles.
Votre émotion s'apaisera bientôt, et le retour de la grâce adoucira
l'amertume intérieure.
Je suis toujours vivant, dit le Seigneur, pour vous secourir et vous
consoler plus que jamais, si vous mettez en moi votre confiance, et si
vous m'invoquez avec ferveur.
3. Armez-vous de constance, et préparez-vous à souffrir encore
davantage.
Tout n'est pas perdu, quoique souvent vous soyez dans le trouble et
tenté violemment.
Vous êtes un homme, et non pas un Dieu; vous êtes de chair, et non pas
un ange.
Comment pourriez-vous toujours vous maintenir dans un égal degré de
vertu, lorsque cette persévérance a manqué à l'Ange dans le ciel, et au
premier homme dans le paradis?
C'est moi qui soutiens et qui délivre ceux qui gémissent; et j'élève
jusqu'à moi ceux qui reconnaissent leur infirmité.
4. LE F. Seigneur, que votre parole soit bénie; _elle m'est plus douce
que le miel à ma bouche_[536].
[536] Ps. XVIII, 10.
Que ferais-je au milieu de tant d'afflictions et d'angoisses, si vous ne
me ranimiez par vos saintes paroles?
Pourvu que je parvienne enfin au port du salut, que m'importe que je
souffre, et combien je souffre?
Accordez-moi une bonne fin; donnez-moi de passer heureusement de ce
monde à l'autre.
Souvenez-vous de moi, mon Dieu, et conduisez-moi dans la voie droite
vers votre royaume. Ainsi soit-il.