Il est étrange qu'il faille sans cesse redire à l'homme: Pense à ton
âme, le temps fuit, l'éternité s'avance; demain, aujourd'hui peut-être
elle aura commencé pour toi: et cependant il est vrai que si on ne lui
rappelait à chaque heure cette vérité formidable, à chaque heure il
l'oublierait, tant est puissante la fascination du monde sur cette
créature tombée. Réveillez-vous, sortez de votre sommeil, ne différez
pas davantage le soin de _l'unique chose nécessaire_[530]; hâtez-vous
de mettre la main à l'oeuvre, tandis que le jour luit encore; _la nuit
vient pendant laquelle nul ne peut travailler_[531]: nuit terrible,
nuit désolante, nuit qui n'aura jamais d'aurore! Quittez, quittez,
sans perdre un instant, _la voie large de la perdition_, pour entrer
dans _la voie étroite de la vie_[532]. Combattez avec courage les
penchants de la nature inclinés au mal, renoncez à vous-même, et
portez votre croix: dans la Croix est la force, l'espérance, le salut.
Heureux donc celui qui _ne sait_, comme l'Apôtre, _que Jésus, et Jésus
crucifié_[533]! il entendra, au dernier jour, cette parole d'éternelle
joie: _Venez, le béni de mon Père, posséder le royaume qui vous a été
préparé dès le commencement du monde_[534]. Mais les contempteurs de
la Croix, mais ceux qui se seront recherchés eux-mêmes, un autre sort
leur est réservé: _Dieu a dans sa main une coupe pleine d'un vin
mélangé; il la verse ici et là, et la lie ne s'épuise point, et tous
les pécheurs de la terre boiront_[535]!
[530] Luc., X. 42.
[531] Joann., IX, 4.
[532] Matth., VII, 13, 14.
[533] I. Cor., II, 2.
[534] Matth., XXV, 34.
[535] Ps. LXXIV, 9.