La religion fait deux choses: elle nous montre notre misère et nous en
indique le remède; elle nous enseigne que, de nous-mêmes, nous ne
pouvons rien pour le salut, mais que _nous pouvons tout en celui qui
nous fortifie_[516]. Et de là ce mot de saint Paul, mot aussi profond
de vérité qu'étonnant pour l'orgueil humain: _Je me glorifierai dans
mes infirmités, afin que la vertu de Jésus-Christ habite en moi_[517].
_Oui_, continue-t-il, _je me complais dans mes infirmités: car lorsque
je me sens infirme, c'est alors que je suis fort_[518]. Entrons dans
la pensée de l'Apôtre, et apprenons à nous humilier, à sentir notre
faiblesse, à jouir, pour ainsi parler, de notre néant. Lorsque nous
aurons rejeté toute vaine opinion de nous-mêmes, et creusé, en quelque
sorte, un lit profond dans notre âme, des flots de grâce s'y
précipiteront. La paix nous sera donnée sur la terre: car qui peut
troubler la paix de celui qui, s'oubliant et se méprisant soi-même, ne
s'appuie que sur Dieu et ne tient plus qu'à Dieu? _Paix aux hommes de
bonne volonté_[519], aux humbles de coeur, paix ici-bas: et dans le
Ciel _le rassasiement de la gloire_[520].
[516] Philipp., IV, 13.
[517] Cor., XII, 9.
[518] _Ibid._, 10.
[519] Luc., II, 14.
[520] Ps. XVI, 15.