Ne vous appuyez pas sur les hommes, car ils vous manqueront tôt ou
tard. L'homme est faible, indiscret, inconstant, léger, enclin à tout
rapporter à soi. Le moindre caprice l'éloigne, le moindre intérêt
suffit pour le transformer en ennemi. Alors il se montre tel qu'il
est. Il vous aimait, mais pour lui-même, pour tirer parti de vous au
besoin. Fuyez, fuyez ces faux amis du monde. Celui-ci vous trahit, cet
autre vous délaisse. Arrive-t-il des circonstances qui vous forcent de
recourir à eux, _tous commencent à s'excuser. Le premier dit: J'ai
acheté une terre; il faut nécessairement que je l'aille voir: je vous
supplie de m'excuser. Un autre dit: J'ai acheté cinq paires de boeufs,
et je vais les éprouver: je vous supplie de m'excuser. Un autre dit:
J'ai épousé une femme, et c'est pourquoi je ne puis aller_[428]. Voilà
les amitiés humaines. Vous seul, mon Dieu, vous seul n'abandonnez
point ceux qui vous aiment, ceux qui espèrent en vous: toujours vous
êtes près d'eux pour les soutenir et les consoler. Jamais vous ne vous
lassez d'entendre leurs gémissements, d'écouter leurs plaintes, de
recueillir leurs larmes. Rien n'est au-dessous de votre tendresse: cet
homme abject aux yeux des hommes, ce pauvre rebuté de toutes parts,
_vous l'assistez, mon Dieu, sur le lit de sa douleur, et votre main
retourne son lit pour y reposer ses infirmités_[429]: puis, quand sa
tâche est accomplie, à la fin du jour, vous le recevez dans
l'éternelle paix.
[428] Luc., XIV, 18, 20.
[429] Ps. XL, 4.