Pourquoi vous inquiéter des jugements des hommes, et que vous font
leurs vaines pensées? Ils ne voient tout au plus que les dehors: leur
oeil ne pénètre point au fond de l'âme, là où sont cachés le bien et
le mal. Ne vous affligez donc point s'ils vous condamnent, et ne vous
élevez point s'ils vous louent. Mais prosternez-vous devant Dieu, et
dites-lui: _Si vous scrutez, Seigneur, nos iniquités, qui soutiendra
votre regard_[381]? Quelques-uns s'exagèrent l'importance de ce qu'ils
appellent leur réputation, et dans l'excessive chaleur avec laquelle
ils la défendent, il y a souvent plus d'amour-propre que de zèle
véritable. Jésus-Christ chargé d'outrages nous a donné un autre
exemple: _il s'est tu et n'a point ouvert la bouche_[382]. Tous les
saints ont été comme lui persécutés et calomniés. Quand on a fait ce
qui dépendait de soi pour ne pas scandaliser ses frères, la conscience
doit être tranquille: il ne reste plus qu'à demeurer en paix dans
l'humiliation. Dieu sait tout, et cela suffit. _J'estime_, écrivait
saint Paul aux Corinthiens, _j'estime que ce m'est peu de chose d'être
jugé par vous, ou par aucun tribunal humain; je ne me juge pas
moi-même; celui qui me juge, c'est le Seigneur. Ne jugez donc point
avant le temps, jusqu'à ce que le Seigneur vienne: il éclairera ce qui
est caché dans les ténèbres, il manifestera les conseils des coeurs,
et alors chacun recevra de Dieu la louange qu'il mérite_[383].
[381] Ps. CXXIX, 3.
[382] Ps. XXXVIII, 10.
[383] Cor., IV, 3-5.