Contre les vains jugements des hommes.
1. J.-C. Mon fils, ne cherchez qu'en Dieu le repos de votre coeur, et ne
craignez point les jugements des hommes, quand votre conscience vous
rend témoignage de votre innocence et de votre piété.
Il est bon, il est heureux de souffrir ainsi; et ce ne sera point une
chose pénible pour le coeur humble qui se confie en Dieu plus qu'en
lui-même.
On parle tant, qu'on doit ajouter peu de foi à ce qui se dit.
Comment, d'ailleurs, contenter tout le monde? cela ne se peut.
Bien que Paul s'efforçât de plaire à tous dans le Seigneur, et qu'il _se
fît tout à tous_[377], _il ne laissait pas d'être fort indifférent aux
jugements des hommes_[378].
[377] I. Cor., IX. 22.
[378] _Ibid._, IV, 3.
2. Il a fait tout ce qui était en lui pour l'édification et le salut des
autres; mais il n'a pas pu empêcher qu'ils ne l'aient quelquefois
condamné ou méprisé.
C'est pourquoi il a remis tout à Dieu, qui connaît tout; et il n'a
opposé que l'humilité et la patience aux reproches injustes, aux faux
soupçons et aux mensonges de ceux qui se livraient, dans leurs discours,
à tout ce que leur suggérait la passion.
Il s'est cependant justifié quelquefois, de peur que son silence ne
causât du scandale aux faibles.
3. _Qu'avez-vous à craindre d'un homme mortel_[379]? Il est aujourd'hui,
et demain il aura disparu.
[379] Is., LI. 12.
Craignez Dieu, et vous ne redouterez rien des hommes.
Que peut contre vous un homme par des paroles ou des outrages? Il se
nuit plus qu'à vous, et, quel qu'il soit, il n'évitera pas le jugement
de Dieu.
Ayez Dieu toujours présent, et laissez là les contestations et les
plaintes.
Que si vous paraissez succomber maintenant, et souffrir une confusion
que vous ne méritez pas, n'en murmurez point, et ne diminuez pas votre
couronne par votre impatience.
Levez plutôt vos regards au ciel, vers moi, qui suis assez puissant pour
vous délivrer de l'opprobre et de l'injure, et _pour rendre à chacun
selon ses oeuvres_[380].
[380] Rom., II, 6.