Qu'il faut implorer le secours de Dieu, et attendre avec confiance le
retour de sa grâce.
1. J.-C. Mon fils, _je suis le Seigneur; c'est moi qui fortifie au jour
de la tribulation_[328].
[328] Nah., I, 7.
Venez à moi quand vous souffrirez.
Ce qui surtout éloigne de vous les consolations célestes, c'est que vous
recourez trop tard à la prière.
Car, avant de me prier avec instance, vous cherchez au dehors du
soulagement et une multitude de consolations.
Mais tout cela vous sert peu, et il vous faut enfin reconnaître que
_c'est moi seul qui délivre ceux qui espèrent en moi_[329]; et que hors
de moi il n'est point de secours efficace, point de conseil utile, point
de remède durable.
[329] Ps. XVI, 7.
Mais à présent que vous commencez à respirer après la tempête,
ranimez-vous à la lumière de mes miséricordes: car je suis près de vous,
dit le Seigneur, pour vous rendre tout ce que vous avez perdu, et
beaucoup plus encore.
2. _Y a-t-il rien qui me soit difficile_[330]? ou serais-je semblable à
ceux qui disent et ne font pas?
[330] Jér., XXXII, 27.
Où est votre foi? Demeurez ferme et persévérez.
Ne vous lassez point, prenez courage; la consolation viendra en son
temps.
Attendez-moi, attendez: _je viendrai et je vous guérirai_[331].
[331] Matth., VIII, 7.
Ce qui vous agite est une tentation, et ce qui vous effraie une crainte
vaine.
Que vous revient-il de ces soucis d'un avenir incertain, sinon tristesse
sur tristesse? _À chaque jour suffit son mal_[332].
[332] _Ibid._, VI, 34.
Quoi de plus insensé, de plus vain, que de se réjouir ou de s'affliger
de choses futures qui n'arriveront peut-être jamais?
3. C'est une suite de la misère humaine d'être le jouet de ces
imaginations, et la marque d'une âme encore faible de céder si aisément
aux suggestions de l'ennemi.
Car peu lui importe de nous séduire et de nous tromper par des objets
réels ou par de fausses images; et de nous vaincre par l'amour des biens
présents ou par la crainte des maux à venir.
_Que votre coeur donc ne se trouble point et ne craigne point._
_Croyez en moi, et confiez-vous en ma miséricorde_[333].
[333] Joann., XIV, 1, 27.
Quand vous croyez être loin de moi, souvent c'est alors que je suis le
plus près de vous.
Lorsque vous croyez tout perdu, ce n'est souvent que l'occasion d'un
plus grand mérite.
Tout n'est pas perdu, quand le succès ne répond pas à vos désirs.
Vous ne devez pas juger selon le sentiment présent, ni vous abandonner à
aucune affliction, quelle qu'en soit la cause, et vous y enfoncer, comme
s'il ne vous restait nulle espérance d'en sortir.
4. Ne pensez pas que je vous aie tout à fait délaissé, lorsque je vous
afflige pour un temps, ou que je vous retire mes consolations: car c'est
ainsi qu'on parvient au royaume des cieux.
Et certes il vaut mieux pour vous et pour tous mes serviteurs être
exercé par des traverses, que de n'éprouver jamais aucune contrariété.
Je connais le secret de votre coeur, et je sais qu'il est utile pour
votre salut que vous soyez quelquefois dans la sécheresse, de crainte
qu'une ferveur continue ne vous porte à la présomption, et que, par une
vaine complaisance en vous-même, vous ne vous imaginiez être ce que vous
n'êtes pas.
Ce que j'ai donné, je puis l'ôter et le rendre quand il me plaît.
5. Ce que je donne est toujours à moi; ce que je reprends n'est point à
vous: car c'est de moi que découle tout bien et tout don parfait.
Si je vous envoie quelque peine ou quelque contradiction, n'en murmurez
pas, et que votre coeur ne se laisse point abattre: car je puis, en un
moment, vous délivrer de ce fardeau, et changer votre tristesse en joie.
Et lorsque j'en use ainsi avec vous, je suis juste et digne de toute
louange.
Si vous jugez selon la sagesse et la vérité, vous ne devez jamais vous
affliger avec tant d'excès dans l'adversité, mais plutôt vous en réjouir
et m'en rendre grâces.
Et même ce doit être votre unique joie _que je vous frappe sans vous
épargner_[334].
[334] Job., VI, 10.
_Comme mon Père m'a aimé, et moi aussi je vous aime_[335], ai-je dit à
mes disciples en les envoyant, non pour goûter les joies du monde, mais
pour soutenir de grands combats; non pour posséder les honneurs, mais
pour souffrir les mépris; non pour vivre dans l'oisiveté, mais dans le
travail; non pour se reposer, mais _pour porter beaucoup de fruits par
la patience_[336]. Souvenez-vous, mon fils, de ces paroles.
[335] Joann., XV, 9.
[336] Luc., XVIII, 15. Joann., XV, 16.