Si peu que l'homme se recherche lui-même, il s'éloigne de Dieu: mais à
l'instant le trouble naît en lui; car ou il n'atteint pas l'objet de
ses désirs, ou il s'en dégoûte aussitôt, toujours tourmenté, soit par
ses convoitises, soit par le remords et l'ennui. Il a voulu être
riche, puissant, posséder des titres, des honneurs, toutes choses qui
ne s'obtiennent guère que par de durs travaux, et qui rarement se
rencontrent avec une conscience pure: n'importe, le voilà élevé au
faîte des prospérités humaines, rien ne lui manque de ce qu'il
enviait; demandez-lui s'il est satisfait: il ne sortira que des
plaintes, des cris d'angoisse et de douleur, de la bouche de cet
heureux du monde. _Et maintenant_, selon la forte expression de
l'Apôtre, _et maintenant, ô riches, pleurez et poussez des hurlements
dans les misères qui fondront sur vous. Vous avez vécu sur la terre
dans les délices et les voluptés, vous vous êtes engraissés pour le
jour du sacrifice_[312]. Ainsi d'un côté, les biens d'ici-bas, ces
biens convoités si ardemment, fatiguent l'âme sans la rassasier; et de
l'autre, à moins d'une grâce peu commune, comme Jésus-Christ lui-même
nous l'apprend[313], ils la précipitent dans la perte. Au contraire,
celui qui s'est renoncé complétement, celui pour qui Dieu seul est
tout, jouit d'une paix inaltérable. La souffrance même lui est douce,
parce qu'elle accroît son espérance, purifie son amour, et que
l'affliction d'un moment enfantera une joie éternelle. _Persévérez
donc dans la patience jusqu'à l'avénement du Seigneur. Dans l'espoir
de recueillir le fruit précieux de la terre, le laboureur attend
patiemment les pluies de la première et de l'arrière-saison. Et vous
aussi soyez donc patients, car l'avénement du Seigneur approche_[314].
[312] Jacob., V, 1, 5.
[313] Matth., XIX, 23, 24.
[314] Jacob., V, 7, 8.