Toute créature gémit, dit l'Apôtre[253]; et, de siècle en siècle, le
monde entier le redit après lui. Que cherchez-vous donc dans les
créatures? que leur demandez-vous, et que peuvent-elles vous donner?
Toujours agitées, pleines de troubles, ainsi que vous elles souhaitent
le repos, et ne le trouvent point. Comment la paix vous viendrait-elle
du sein même de l'angoisse et des orages perpétuellement soulevés par
les passions? Cessez de vous abuser, cessez de dire aux tempêtes,
calmez-moi. Le calme est en Dieu; et n'est que là: en lui seul est le
repos, la paix, la joie, la consolation. _Tournez-vous donc vers le
Seigneur votre Dieu_[254], et renoncez à tout le reste: alors,
seulement alors, vous commencerez à jouir de la vraie félicité. «Rien,
non, rien n'est comparable au bonheur de celui qui, méprisant les
sens, détaché de la chair et du monde, ne tient plus aux choses
humaines que par les seuls liens de la nécessité, converse uniquement
avec Dieu et avec lui-même, et, s'élevant au-dessus des objets
sensibles, ne vit que des divines clartés qu'il conserve en soi
toujours pures, toujours brillantes, sans aucun mélange des ombres de
la terre et des vains fantômes errants ici-bas autour de nous; qui,
réfléchissant comme un miroir céleste, Dieu et ses éblouissantes
perfections, sans cesse ajoute à la lumière une lumière plus vive,
jusqu'au moment où la vérité dissipant tous les nuages, il arrive à la
source même de toute lumière, à l'éternelle fontaine de splendeur, fin
bienheureuse de son être et son immortel ravissement[255].»
[253] Rom., VIII, 22.
[254] Osee, XIV, 2.
[255] S. Greg. Nazianz., Orat. XXIX, in Princ.