Jamais satisfait pleinement de ce qu'il est et de ce qu'il possède,
fatigué du vide de son coeur, toujours inquiet, toujours aspirant à je
ne sais quel bien qui le fuit toujours, l'homme n'a pas un moment de
vrai repos, et sa vie s'écoule dans les désirs. Ce n'est pas seulement
une grande misère, mais encore un grand danger; _car la racine de tous
les maux est la convoitise, et plusieurs, en s'y livrant, ont perdu la
foi, et se sont engagés dans une multitude de douleurs_[248].
L'imagination, qui, en cet état, se porte avec force vers tout ce qui
l'attire, obscurcit la raison, ébranle et entraîne la volonté même: et
ainsi l'on doit s'attacher soigneusement à la réprimer, lors même que
les objets qui l'occupent paraîtraient exempts de toute espèce de mal,
et qu'on croirait ne chercher dans ses rêves qu'un soulagement permis
et une distraction innocente. La piété elle-même s'égare aisément, si
elle n'est en garde contre les désirs en apparence les plus saints.
Nous ne savons ni ce qui nous est bon, ni ce qui nous est nuisible.
Tantôt nous souhaiterons d'être délivrés d'une croix nécessaire
peut-être à notre salut, tantôt, dans un mouvement indiscret de
ferveur, nous en souhaiterons une autre sous laquelle nos forces
succomberaient, si elle nous était imposée. Que faire donc? Demander à
Dieu _que sa volonté se fasse_[249] en nous et hors de nous, y
conformer la nôtre entièrement, et renfermer en elle tous nos désirs.
Nous ne trouverons de paix et de sécurité que dans ce parfait abandon
entre les mains de notre Père. _Mon Père, non pas ce que je veux, mais
ce que vous voulez_[250].
[248] I. Timoth., VI. 10.
[249] Matth., VI, 10.
[250] _Ibid._, XXVI, 39.