Qu'il faut considérer les secrets jugements de Dieu pour ne pas
s'enorgueillir du bien qu'on fait.
1. LE F. Vous faites tonner sur moi vos jugements, Seigneur, et tous mes
os ont tremblé d'épouvante, et mon âme est dans une profonde terreur.
Interdit, effrayé, je considère que _les cieux ne sont pas purs à vos
yeux_[232].
[232] Job, XV, 15.
_Si vous avez trouvé le mal dans vos Anges_[233], et si vous ne les avez
pas épargnés, que sera-ce de moi?
[233] _Ibid._, IV, 18.
_Les étoiles sont tombées du ciel_[234]: moi, poussière, que dois-je
donc attendre?
[234] Apoc., VI, 13.
Des hommes dont les oeuvres paraissaient louables, sont tombés aussi bas
qu'on puisse tomber, et j'ai vu ceux qui se nourrissaient du pain des
Anges faire leurs délices de la pâture des pourceaux.
2. Il n'est donc point de sainteté, Seigneur, si vous retirez votre
main.
Point de sagesse qui soit utile, si vous ne la dirigez plus.
Point de force qui soit de secours, si vous cessez de la soutenir.
Point de chasteté assurée, si vous n'en prenez la défense.
Point de vigilance qui nous serve, si vous ne veillez vous-même pour
nous.
Laissés à nous-mêmes, nous enfonçons dans les flots et nous périssons:
venez-vous à nous, nous nous relevons et nous vivons.
Car nous sommes chancelants, mais vous nous affermissez; nous sommes
tièdes, mais vous nous enflammez.
3. Ô que je dois avoir d'humbles et basses pensées de moi-même! que je
dois estimer peu ce qui paraît de bien en moi!
Ô que je dois m'abaisser profondément, Seigneur, devant vos jugements
impénétrables, où je me perds comme dans un abîme, et vois que je ne
suis rien que néant et un pur néant!
Ô poids immense! ô mer sans rivages, où je ne retrouve rien de moi, où
je disparais comme le rien au milieu du tout!
Où donc l'orgueil se cachera-t-il? où la confiance dans sa propre vertu?
Toute vanité s'éteint dans la profondeur de vos jugements sur moi.