Le monde est tellement fasciné par les passions, qu'il ne peut rien
comprendre à la félicité des enfants de Dieu. Quelquefois il les
plaint, comme le monde sait plaindre, en jetant sur eux un regard de
mépris; quelquefois il les contemple avec une sorte d'étonnement
stupide. Il n'a nulle idée de ce qui se passe dans l'âme unie à son
Créateur, nulle idée des consolations et du calme délicieux dont elle
jouit. Saint Paul s'écriant: _Je surabonde de joie au milieu de mes
tribulations_[216], lui est un mystère inexpliquable; jamais il ne
concevra cette joie pure, _qui est justice et paix dans le
Saint-Esprit_[217]. Quel est donc le partage du serviteur du monde? un
immense ennui parsemé de quelques rares plaisirs; et quand Dieu ne
l'abandonne pas entièrement, le remords. Creusez dans son coeur, vous
n'y trouverez que cela. Le remords est sa _justice_ et l'ennui sa
_paix_. Âmes chrétiennes, âmes détachées, qui avez renoncé au monde et
à tout ce qui est du monde, plaignez à votre tour les infortunés
chargés encore de ses pesantes chaînes; mais plaignez-les en vous
humiliant aux pieds de celui qui vous a délivrés, et dont la grâce,
qui ne vous était pas due, vous met en possession des seuls biens
véritables. Gardez avec soin ce bon trésor que vous a confié _le Père
des lumières, de qui découle tout don parfait_[218], et demandez-lui
avec amour qu'après avoir commencé votre joie sur la terre, il la
consomme un jour dans les cieux.
[216] II. Cor., VII, 4.
[217] Rom., XIV, 17.
[218] Jacob., I, 17.