Comment pourrai-je vous oublier, vous qui avez daigné vous souvenir de
moi, lorsque déjà épuisé, consumé, je penchais vers la mort?
Votre miséricorde envers votre serviteur a passé toute espérance; et
vous avez répandu sur lui votre grâce et votre amour, bien au-delà de
tout ce qu'il pouvait mériter.
Que vous rendrai-je pour une telle faveur? car il n'est pas donné à tous
de tout quitter, de renoncer au siècle pour embrasser la vie religieuse.
Est-ce faire beaucoup que de vous servir, vous que doivent servir toutes
les créatures?
Cela doit me sembler peu de chose: mais ce qui me paraît grand et
merveilleux, c'est que vous daigniez agréer le service d'une créature si
pauvre et si misérable, et l'admettre parmi les serviteurs que vous
aimez.
3. Tout ce que j'ai, tout ce que je puis consacrer à votre service, est
à vous.
Et néanmoins prenant pour ainsi dire ma place, vous me servez plus que
moi-même je ne vous sers.
Voilà que le ciel et la terre, que vous avez créés pour le service de
l'homme, sont devant vous, et chaque jour ils exécutent tout ce que vous
leur avez commandé.
C'est peu encore: vous avez préparé pour l'homme le ministère même des
Anges.
Mais ce qui surpasse tout, vous avez daigné le servir vous-même, et vous
avez promis de vous donner à lui.
4. Que vous rendrai-je pour tant de biens? Ah! si je pouvais vous servir
tous les jours de ma vie! si je pouvais même un seul jour vous servir
dignement!
Il est bien vrai que vous êtes digne d'être servi universellement, digne
de tout honneur et d'une louange éternelle.
Vous êtes vraiment mon Seigneur, et je suis votre pauvre serviteur, qui
dois vous servir de toutes mes forces, et ne me lasser jamais de vous
louer.
Je le veux ainsi, je le désire ainsi: daignez suppléer vous-même à tout
ce qui me manque.
5. C'est un grand honneur, une grande gloire de vous servir et de
mépriser tout à cause de vous.
Car ils recevront des grâces abondantes, ceux qui se courbent
volontairement sous votre joug très-saint.
Ils seront abreuvés de la délectable consolation de l'Esprit saint, ceux
qui, pour votre amour, auront rejeté tous les plaisirs des sens.
Ils jouiront d'une grande liberté d'esprit, ceux qui, pour la gloire de
votre nom, seront entrés dans la voie étroite, et auront renoncé à
toutes les sollicitudes du monde.
6. Ô aimable et douce servitude de Dieu, dans laquelle l'homme retrouve
la vraie liberté et la sainteté!
Ô saint assujettissement de la vie religieuse, qui rend l'homme agréable
à Dieu, égal aux Anges, terrible aux démons, respectable à tous les
fidèles!
Ô esclavage digne à jamais d'être désiré, embrassé, puisqu'il nous
mérite le souverain bien, et nous assure une joie éternelle!