_Tous ceux qui disent, Seigneur, Seigneur, n'entreront pas dans le
royaume des cieux; mais celui qui fait la volonté de mon père qui est
au ciel, celui-là entrera dans le royaume des cieux_[195]: c'est par
les oeuvres que se connaît le véritable amour. Toujours prompt à
obéir, jamais il ne se relâche, il ne se décourage jamais. Dans
l'amertume et dans la joie, dans la consolation et dans la souffrance,
il loue, il bénit également celui _qui frappe et qui guérit_[196],
selon ses divins conseils, impénétrables à la créature. La tentation
vient-elle l'éprouver, il combat, il résiste avec paix, parce qu'il ne
compte point sur ses propres forces, et n'attend la victoire que du
secours d'en haut. S'il succombe quelquefois, il se relève aussitôt
sans trouble, humilié, mais non abattu. Son repentir, quoique profond,
est calme, parce qu'il est exempt de l'irritation de l'orgueil. Ses
fautes l'affligent, et ne l'étonnent point. Il connaît sa fragilité,
et il en gémit, plein de confiance en la grâce qui le soutiendra, s'il
lui est fidèle. Détaché de la terre et de ses vanités qu'on appelle
des biens, que veut-il? ce que Dieu veut: il n'a point d'autre
volonté, ni d'autre désir. Quand le bien-aimé se retire et se dérobe à
ses transports, loin de murmurer, et loin de se plaindre, il s'avoue
indigne de le posséder, et la privation, qui le purifie, enflamme
encore son ardeur. Ô Jésus, qu'elles sont merveilleuses les voies par
où vous conduisez les âmes qui vous aiment, _qui ont soif de
vous_[197]! Tantôt vous les inondez de votre joie, tantôt vous les
délaissez dans les larmes: maintenant vous les prévenez, et puis elles
semblent vous appeler en vain, comme l'épouse du divin cantique.
Épreuves de tendresse et de miséricordes! Ainsi épurées, ces âmes
élues peu à peu se dégagent de leurs liens; elles s'élancent vers
vous, et un dernier effort d'amour les porte au pied du trône où vous
vous montrez sans voile. Alors la jouissance, alors l'allégresse et
l'éternel rassasiement: _Satiabor cùm apparuerit_[198]!
[195] Matth., VII, 21.
[196] Deuter., XXXII, 39.
[197] Ps. XLI, 3.
[198] _Ibid._, XVI, 15.