Des merveilleux effets de l'amour divin.
1. LE F. Je vous bénis, Père céleste, Père de Jésus-Christ, mon
Seigneur, parce que vous avez daigné vous souvenir de moi, pauvre
créature.
_Ô Père des miséricordes, et Dieu de toute consolation_[184], je vous
rends grâces de ce que, tout indigne que j'en suis, vous voulez bien
cependant quelquefois me consoler!
[184] _Ibid._
Je vous bénis à jamais, et je vous glorifie avec votre Fils unique et
Esprit consolateur, dans les siècles des siècles.
Ô Seigneur, mon Dieu, saint objet de mon amour! quand vous descendrez
dans mon coeur, toutes mes entrailles tressailliront de joie.
Vous êtes ma gloire et la joie de mon coeur.
Vous êtes mon espérance et mon refuge au jour de la tribulation.
2. Mais, parce que mon amour est encore faible et ma vertu chancelante,
j'ai besoin d'être fortifié et consolé par vous: visitez-moi donc
souvent, et dirigez-moi par vos divines instructions.
Délivrez-moi des passions mauvaises, et retranchez de mon coeur toutes
ses affections déréglées, afin que, guéri et purifié intérieurement, je
devienne propre à vous aimer, fort pour souffrir, ferme pour persévérer.
3. C'est quelque chose de grand que l'amour, et un bien au-dessus de
tous les biens. Seul, il rend léger ce qui est pesant, et fait qu'on
supporte avec une âme égale toutes les vicissitudes de la vie.
Il porte son fardeau sans en sentir le poids, et rend doux ce qu'il y a
de plus amer.
L'amour de Jésus est généreux; il fait entreprendre de grandes choses,
et il excite toujours à ce qu'il y a de plus parfait.
L'amour aspire à s'élever, et ne se laisse arrêter par rien de
terrestre.
L'amour veut être libre et dégagé de toute affection du monde, afin que
ses regards pénètrent jusqu'à Dieu sans obstacle, afin qu'il ne soit ni
retardé par les biens, ni abattu par les maux du temps.
Rien n'est plus doux que l'amour, rien n'est plus fort, plus élevé, plus
étendu, plus délicieux; il n'est rien de plus parfait ni de meilleur au
ciel et sur la terre, parce que l'amour est né de Dieu, et qu'il ne peut
se reposer qu'en Dieu, au-dessus de toutes les créatures.
4. Celui qui aime, court, vole; il est dans la joie, il est libre, et
rien ne l'arrête.
Il donne tout pour posséder tout; et il possède tout en toutes choses,
parce qu'au-dessus de toutes choses il se repose dans le seul Être
souverain, de qui tout bien procède et découle.
Il ne regarde pas aux dons, mais il s'élève au-dessus de tous les biens,
jusqu'à celui qui donne.
L'amour souvent ne connaît point de mesure; mais, comme l'eau qui
bouillonne, il déborde de toutes parts.
Rien ne lui pèse, rien ne lui coûte; il tente plus qu'il ne peut; jamais
il ne prétexte l'impossibilité, parce qu'il se croit tout possible et
tout permis.
Et à cause de cela il peut tout, et il accomplit beaucoup de choses qui
fatiguent et qui épuisent vainement celui qui n'aime point.