Il faut aimer Dieu pour Dieu même, et non pas à cause de la joie que
l'on goûte à le servir: car, s'il nous retirait ses consolations, que
deviendrait cet amour mercenaire? Celui qui se cherche encore en
quelque chose, ne sait point aimer. Regardez votre modèle, contemplez
Jésus, il ne s'est recherché en rien: _Christus non sibi
placuit_[138]. Il a tout sacrifié pour vous, son repos, sa vie, sa
volonté même: _Non pas ce que je veux_, disait-il, _mais ce que vous
voulez_[139]. Il a tout souffert jusqu'à la croix, jusqu'au
délaissement de son Père: _Mon Dieu! pourquoi m'avez-vous
abandonné[140]?_ Entrons, à son exemple, dans cet esprit de sacrifice;
et détachés désormais de tout intérêt propre, acceptons, avec une
égale sérénité, les biens et les maux, les peines et les joies, en
sorte que, n'ayant de pensées, de désirs que ceux de Jésus, nous
soyons _consommés avec lui dans cette unité parfaite_[141], que, près
de quitter ce monde, il demandait pour nous à son Père, comme le
dernier et le plus grand de ses dons.
[138] Rom., XV, 3.
[139] Matth., XXVI, 19.
[140] _Ibid._, XXVII, 46.
[141] Joann., XVII, 23.