Il y a deux doctrines, mais il n'y a qu'une vérité. Il y a deux
doctrines, l'une de Dieu, immuable comme lui; l'autre de l'homme,
changeante comme lui. La sagesse incréée, le Verbe divin répand la
première dans les âmes préparées à la recevoir; et la lumière qu'elle
leur communique est une partie de lui-même, de la vérité substantielle
et toujours vivante. Offerte à tous, elle est donnée avec plus
d'abondance à l'humble de coeur; et comme elle ne vient pas de lui,
qu'elle peut à chaque instant lui être retirée, qu'elle ne dépend en
aucune façon de l'intelligence qu'elle éclaire, il la possède sans
être tenté de vaine complaisance dans sa possession. La doctrine de
l'homme, au contraire, flatte son orgueil, parce qu'il en est le père.
«Cette idée m'appartient; j'ai dit cela le premier; on ne savait rien
là-dessus avant moi.» Esprit superbe, voilà ton langage. Mais bientôt
on conteste à cette puissante raison ce qui fait sa joie; on rit de
ses idées fausses qu'elle a crues vraies, de ses découvertes
imaginaires: le lendemain on n'y pense plus, et le temps emporte
jusqu'au nom de l'insensé qui ne vécut que pour être immortel sur la
terre. Ô Jésus, daignez mettre en moi votre vérité sainte et qu'elle
me préserve à jamais des égarements de mon propre esprit!