Celui à qui parle le Verbe éternel est délivré de bien des opinions.
Tout vient de ce Verbe unique: de lui procède toute parole, _il en est
le principe, et c'est lui qui parle en dedans de nous_[25].
[25] Joan., VIII, 25.
Sans lui nulle intelligence; sans lui nul jugement n'est droit.
Celui pour qui une seule chose est tout, qui rappelle tout à cette
unique chose, et voit tout en elle, ne sera point ébranlé, et son coeur
demeurera dans la paix de Dieu.
Ô vérité, qui êtes Dieu, faites que je sois un avec vous dans un amour
éternel.
Souvent j'éprouve un grand ennui à force de lire et d'entendre: en vous
est tout ce que je désire, tout ce que je veux.
Que tous les docteurs se taisent: que toutes les créatures soient dans
le silence devant vous: parlez-moi vous seul.
3. Plus un homme est recueilli en lui-même, et dégagé des choses
extérieures, plus son esprit s'étend et s'élève sans aucun travail,
parce qu'il reçoit d'en haut la lumière de l'intelligence.
Une âme pure, simple, ferme dans le bien, n'est jamais dissipée au
milieu même des plus nombreuses occupations, parce qu'elle fait tout
pour honorer Dieu, et que, tranquille en elle-même, elle tâche de ne se
rechercher en rien.
Qu'est-ce qui vous fatigue et vous trouble, si ce n'est les affections
immortifiées de votre coeur?
4. L'homme bon et vraiment pieux dispose d'abord au dedans de lui tout
ce qu'il doit faire au dehors: il ne se laisse point entraîner, dans ses
actions, au désir d'une inclination vicieuse: mais il les soumet à la
règle d'une droite raison.
Qui a un plus rude combat à soutenir que celui qui travaille à se
vaincre?
C'est là ce qui devrait nous occuper uniquement: combattre contre
nous-mêmes, devenir chaque jour plus forts contre nous, chaque jour
faire quelques progrès dans le bien.
Toute perfection, dans cette vie, est mêlée de quelque imperfection; et
nous ne voyons rien qu'à travers une certaine obscurité.
L'humble connaissance de vous-même est une voie plus sûre pour aller à
Dieu, que les recherches profondes de la science.
Ce n'est pas qu'il faille blâmer la science, ni la simple connaissance
d'aucune chose: car elle est bonne en soi et dans l'ordre de Dieu;
seulement on doit préférer toujours une conscience pure et une vie
sainte.
Mais parce que plusieurs s'occupent davantage de savoir que de bien
vivre, ils s'égarent souvent, et ne retirent que peu ou point de fruit
de leur travail.
5. Oh! s'ils avaient autant d'ardeur pour extirper leurs vices et pour
cultiver la vertu, que pour remuer de vaines questions, on ne verrait
pas tant de maux et de scandales dans le peuple, ni tant de relâchement
dans les monastères.
Certes, au jour du jugement on ne nous demandera point ce que nous avons
lu, mais ce que nous avons fait; ni si nous avons bien parlé, mais si
nous avons bien vécu.
Dites-moi où sont maintenant ces maîtres et ces docteurs que vous avez
connus, lorsqu'ils vivaient encore, et qu'ils fleurissaient dans leur
science?
D'autres occupent à présent leurs places, et je ne sais s'ils pensent
seulement à eux.
Ils semblaient, pendant leur vie, être quelque chose, et maintenant on
n'en parle plus.
Oh! que la gloire du monde passe vite! Plût à Dieu que leur vie eût
répondu à leur science! Ils auraient lu alors et étudié avec fruit.
Qu'il y en a qui se perdent dans le siècle par une vaine science, et par
l'oubli du service de Dieu!
Et parce qu'ils aiment mieux être grands que d'être humbles, ils
s'évanouissent dans leurs pensées.
Celui-là est vraiment grand, qui a une grande charité.
Celui-là est vraiment grand, qui est petit à ses propres yeux, et pour
qui les honneurs du monde ne sont qu'un pur néant.
Celui-là est vraiment sage, qui, _pour gagner Jésus-Christ, regarde
comme de la boue toutes les choses de la terre_[26].
[26] Philipp., III, 8.
Celui-là possède la vraie science, qui fait la volonté de Dieu, et
renonce à la sienne.