Doullens, septembre.
De Clermont à Doullens, il n’y a qu’un après-midi de pluie. Le train
s’enfonce dans un interminable tunnel de brouillard... J’ai quitté le
Château des Filles Maudites...
Dans la citadelle de Doullens, je demanderai d’abord à voir les cachots,
je me ferai ouvrir toutes les cellules.
* * * * *
C’est une brave et grosse citadelle qui a oublié ses destinées
guerrières. Les Espagnols l’avaient dressée contre la France. Vauban la
tourna vers les Flandres. Elle devint plus tard l’inévitable usine à
chaussons de lisière que l’Administration dénomme «Maison Centrale».
Enfin, en 1914, les Anglais en firent un hôpital canadien.
L’ancien pont-levis est aujourd’hui une jolie passerelle. De paisibles
vaches broutent l’herbe du fossé; sur la muraille, au-dessus de la
porte, on lit:
_ÉCOLE DE PRÉSERVATION DE JEUNES FILLES_
* * * * *
Je voudrais, monsieur le Directeur, commencer par le quartier
cellulaire.
--C’est ici... mais il est vide.
--Pas une punie?
--Le quartier cellulaire était vide lorsque je suis venu à Doullens, il
l’est demeuré. Ce n’est pas moi qui enverrai jamais personne
là-dedans...