On ne choisit pas sa religion, il n’y en a qu’une: celle de M.
l’Aumônier. On peut l’adopter ou la renier ou la négliger, mais il n’y
en a pas d’autres.
--Qui n’a pas fait sa première communion et qui veut la faire?
--Tout le monde!
Il y a ce jour-là, pour les néophytes, un bon repas avec du bifteck et
des desserts.
Mohamed ben Mohamed a voulu faire aussi sa première communion.
--Mais tu es Musulman?
--Moi converti.
Ce fut le plus beau dîner de sa vie.
Le dimanche à 8 heures on se met en marche vers la chapelle, au son du
tambour et du clairon. Personne ne veut manquer la messe.
M. l’Aumônier a plus d’enfants de chœur qu’il ne lui en faut. Il retient
les plus pieux et doit établir un roulement.
«C’EST DUR DE RESTER HONNÊTE!»
Un ancien pupille d’Aniane vient de m’écrire:
«Sans famille; puisque «enfant naturel non reconnu», je fus, pour cacher
la faute de ma mère (elle avait seize ans), remis par sa famille entre
les mains d’une compatriote: une Italienne qui, rémunérée pour se taire
et me donner les soins nécessaires, m’abandonna elle aussi, entre les
mains d’une autre personne à qui elle avait promis une indemnité. Cette
dernière ne recevant rien, et trop âgée pour me guider dans le bon
chemin, profita, pour se débarrasser de moi, que je lui avais dérobé
quelques décimes et me fit arrêter.
«Le Tribunal (personne ne m’ayant réclamé) m’envoya en Colonie
pénitentiaire jusqu’à ma majorité.
«Là, je fus bien traité, n’ayant jamais encouru la plus petite punition.
«A 19 ans, je profitai d’une grâce et fus libéré.
«Vous dépeindre, après ma sortie, la misère physique et morale que j’ai
endurée serait trop long à écrire; car, sans affection, sans personne
pour vous conseiller, je vous promets, monsieur, que c’est dur de rester
honnête.
«Voilà pourquoi je vous remercie de votre bonne intention.
«Protégez les! Avant et après.
«E. B., ancien pupille de la Colonie pénitentiaire d’Aniane.
«Je n’ose pas signer.»
* * * * *
Ne signez pas! Je vous connais! Je viens de vous voir avec tant de
visages! Demain, sans doute à Belle-Ile, quand les petits se seront
immobilisés devant M. le Directeur...
--A vos rangs, fixe!...
je relirai votre histoire dans quelques yeux.