CHAPITRE IX.

_CALCVL DV PRIX A QUOY DE BONNES & GRANDES MACHINES POURROIENT

REVENIR, & DU PROFIT QU'ELLES POURROIENT APPORTER._

PARCE que l'on objecte d'ordinaire contre les nouvelles Inventions, que

la dépense ira plus loing que le profit qu'elles pourront apporter,

j'ajoûteray icy un calcul de la dépense qu'il y auroit à faire pour

de telles machines que celles que j'ay décrites, & du profit qu'on en

tireroit.

J'ay esté chez un Marchand de fer, & j'y ay fait peser un tuyau de fer

de fonte qui avoit 6. pouces de diametre & 2. pieds de haut, il estoit

sans doute assez fort pour resister à une pression interieure 20. fois

plus forte que la pression ordinaire de l'air; cependant il ne pesoit

que 57. liv. si bien qu'un autre tuyau de cette sorte qui auroit 12.

pouces de diametre, & autant de force à proportion de sa grosseur ne

peseroit qu'environ 228. liv. mais quand mesme un vaisseau de cette

grandeur avec ses fonds peseroit 250. liv. il ne reviendroit toûjours

pas à 29. livres tournois, puisque les marchands peuvent gagner en

donnant cette sorte de fer pour 2-1/2 sols la livre.

On pourroit faire user & ajuster le couvercle au vaisseau dans le lieu

mesme où sont les forges, & où les ouvriers travaillent à bon marché, &

ainsi cela se pourroit faire à moins de 20. sols pour chaque Machine.

Les pieces de fer DD avec les quatre vis crainte que deux ne fussent

pas suffisantes, & la verge de fer LM se pourroient faire à moins d'un

écu, sur tout si on les faisoit à la campagne, & beaucoup à la fois.

Ce ne seroit aussi que trop de donner un écu pour mettre le tuyau HH, &

y aioûter la soupape.

On pourroit aussi avoir la marmitte GG de fonte, de fer, de verre ou de

pots de grais pour moins de 4. écus, & elle seroit assez forte & assez

grande pour contenir 8. livres d'eau, i'avouë pourtant qu'il seroit

difficile de faire un verre si grand, mais au lieu d'un, on en pourroit

faire trois ou quatre, pour mettre l'un sur l'autre dans le mesme

chassis. On peut donc asseurer qu'un marchand pourroit avec bon profit

vendre de telles marchandises à seize écus la piece toutes prestes & en

bon estat.

Une Machine telle que ie viens de décrire feroit plus de 50. liv. de

gelée à la fois, & elle pourroit faire son effet du moins deux fois en

24. heures; car i'ay éprouvé que ma grande Machine qui a six pouces

de diametre, peut en moins d'une heure acquerir toute la chaleur

necessaire pour faire de la gelée d'os. On peut donc asseurer qu'on

pourroit faire du moins 110. liv. de gelée par iour avec une machine de

12 pouces de diametre.

Or dans Paris, où quelques Traitteurs tiennent toûjours de la gelée

prête pour ceux qui en veulent achepter; On la vend communement vingt

sols la livre: mais dans Londres où l'on n'en fait que quand on la

demande, les Apoticaires la vendent deux Chelins; ce seroit donc rendre

un bon service au public, si quelqu'un entreprenoit de fournir la gelée

à 4. sols la livre; Cependant un homme pourroit à ce prix-là faire par

jour pour environ vingt livres tournois de gelée avec telle machine.

Le feu ne coûteroit pas six sols, & on auroit aussi les os, & un peu de

corne de Cerf à bon marché, n'êtant pas necessaire de les raper, il ne

faut pas non plus beaucoup de sucre pour la gelée, mais supposons que

la dépense monte à huit livres tournois par jour, il restera toûjours

quatre écus de profit pour le Maître de la Machine, & ainsi en quatre

jours de temps, il pourra être remboursé de la dépense de l'achapt, &

un homme seul pourroit faire travailler cinq ou six machines à la fois,

& les employer pour divers usages, dont quelques-uns seroient peut-être

de plus grand profit que de faire de la gelée; Il ne faut donc point

douter, que ceux qui auront les avances necessaires pour travailler à

bon escient à ces sortes de choses, y pourront faire parfaitement bien

leurs affaires, & en même temps rendre un service au public.

La maniere d'amolir les os, et de faire cuire toutes sortes de viandes en fort peu de temps, & à peu de frais. · 第 29 / 31 题